PARTIE II. — LIVRE III
femmes et les filles de vaincus. Les Spartiates respectent avant tout le sexe qui s'enorgueillit à juste titre d'avoir donné une mère à Dieu. On ne saurait citer un de nous qui ait abusé de sa captive ; aussi avons-nous été invincibles , tandis que les malheurs des autres Moréotes ont été le résultat de la colère du Seigneur, irrité de les voir traiter à la manière des Turcs la faiblesse et l'innocence. » .
Quelle que soit la cause des succès des Maïnotes, ils se montrèrent les dignes fils des soldats de Léonidas. A une époque où il ne restait aux Hellènes dans le Péloponèse que les forteresses de Naupli et d'Epidaurus Limera, Ibrahim-Pacha crut que les victoires de l'armée égyptienne décideraient la Maïna à se soumettre. Il lui fit donc offrir la consei'vation de ses antiques privilèges, si elle voulait renoncer à soutenir les Hellènes ,' menaçant de la transformer en désert dans le cas où elle refuserait d'obéir. Foudroyés par la flotte égyptienne, qui bloquait les côtes ; abandonnés par le gouvernement central, qui ne leur envoya ni vivres ni munitions, les héroïques Maïnotes ne manifestèrent pas un seul moment d'hésitation. Parmi les faits d'armes
qui immortalisèrent leur résistance, il suffit de citer le combat de Kamària , qui n'est pas indigne des Thermopyles. Les représentants de la barbarie asiatique et africaine, Arabes, Égyptiens et nègres , se trouvaient réunis contre eux comme autrefois les hordes du monde barbare se rassemblaient dans les camps de Xerxès. Une poignée d'hommes, deux cents Maïnotes, arrêtèrent les soldats du pacha d'Egypte. Douze cents Musulmans restèrent au pied de la tour de Kamarià, et ceux qui parvinrent à s'échapper allèrent apprendre à leur maître que la Grèce avait encore des bras pour la défendre. Ibrahim dut renoncer à soumettre un pays qui était décidé à voir périr le dernier de ses fils plutôt que de se résigner à la domination étrangère.
Les Maïnotes vivaient encore à cette époque comme les Occidentaux du moyen âge. Les femmes pouvaient , à défaut des mâles , hériter des châteaux ou pyrghi. Ces femmes intrépides n'étaient nullement embarrassées de défendre le pyrgos contre l'ennemi. Nous avons vu avec quelle énergie la veuve de Dzanétaki Koutoupharis vengea la mort de ce bey. Ce fut elle qui conquit le canton de Trinisa , qu'elle réunit à la