‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 262 sur 284 · PARTIE n. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE n. — LIVRE III

Maïna. La nièce de ce même bey, Hélène Koutoupharis, exerçait les fonctions de « capitaine 3> et en portait le titre dans le pyrgos de Kitriœs lorsqu'elle y reçut Thistorien Pouqueville, qui fut vivement frappé de la beauté de ses femmes. Bory de Saint - Vincent , qui visita plus tard ce manoir, où Ton célébrait une noce, ne fut pas moins ravi des charmes de la fiancée, qui, montée sur une mule richement caparaçonnée , était voilée d'une mousseline transparente et vêtue d'étoffes d'or et de fourrures. Une douzaine de cavaliers aux armes brillantes lui formaient une garde d'honneur et brûlaient la poudre de leurs pistolets autour d'elle. Des fantassins qui tiraient des coups de fusils en poussant de joyeuses clameurs , des musiciens qui chantaient et jouaient d'instruments médiocrement harmonieux, complétaient le cortège de la «ravissante Spartiate,» qui fit aux Français «un salut gracieux de la main et de la tête.» Le savant naturaliste , très-préoccupé de l'étude des races , retrouvait dans la Maïna, plutôt que dans la vallée de Lacédémone, ces belles Doriennes qui avaient valu à la patrie de Léda, d'Hélène et de Pénélope l'épithète de «ville aux belles femmes»

donnée à Sparte par le divin Homère. Bory avoue cependant que la beauté des Maïnotes n'est pas en tout conforme à « l'idée qu'on se fait de la beauté physique dans les salons de Paris.» Il ajoute qu'en général « les femmes ont le type de reines , » et qu'on y trouverait rarement ce qui se nomme au théâtre des «ingénues.» Quant aux « coquettes , » le nom n'y existe pas plus que la chose. En effet, la sévérité des habitudes ne laisse pas beaucoup de liberté à ces passions qui jouent un si grand rôle dans la vie occidentale. Le droit asiatique du père sur la fille et du mari sur la femme , tel qu'il est formulé dans les lois de Manou (Manava — Dharma — Sastra), était encore en pleine vigueur à la fin de la guerre de l'indépendance. Un père pouvait tuer d'un coup de pistolet sa fille séduite , un frère et un niaii pouvaient , dans le même cas, infliger un châtiment pareil à leur sœur et à leur femme. « Les Grecs, dit Bory de Saint-Vincent , s'arrogeant le droit, sans qu'aucune loi les y autorise, de punir l'adultère par la mort en se faisant euxmêmes les exécuteurs de la sentence, un tel usage inspire à leurs femmes une crainte qui peut bien concourir à mettre un mari en sûreté

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