PARTIE II. — LIVRE III
contre le genre de danger dont on ne s'inquiète guère dans la bonne société du reste de l'Europe. » Le sceptique naturaliste, après avoir fait remarquer que ces coutumes semblent assez étonnantes dans la partie de la Grèce rendue célèbre par les infortunes conjugales de Tyndare, de Ménélas et d'Agamemnon, constate cependant avec impartialité que les Maïnotes n'ont jamais fait , comme les lois asiatiques ; d'iniques distinctions entre les deux sexes. Tout séducteur, devenu « ennemi public , » était traité comme tel. Dans combien de pays voit -on les hommes s'appliquer ainsi les lois qu'ils imposent au sexe féminin ? La séparation des sexes étant la conséquence naturelle de ces idées , les femmes étaient confinées dans un appartement du pyrgos , correspondant au gynécée. La mère du mari y régnait en souveraine sur sa bellefille, sur ses filles et sur ses servantes. La vie n'y était guère confortable. On n'y connaissait ni les cheminées ni les fenêtres vitrées. Mais un luxe féodal n'y manquait pas. Tandis que les hommes ne s'épargnaient pas les galons et recherchaient les belles armes, les femmes se couvraient de velours et de fourrures, même
quand la chaleur rendait insupportables ces lourds vêtements. Le Maïnote, fier de la beauté de sa compagne, aimait à la voir richement pai'ée. Ce maître impérieux eût exposé volontiers sa vie pour lui conquérir de somptueux habits, des colliers de perles et des agrafes d'or. Il ne tenait pas seulement à sa parure, il entendait qu'elle fût respectée. Malheur à l'insolent qui lui eût manqué , ou qui eût refusé de lui céder le pas dans un sentier étroit! L'opinion publique n'était pas là -dessus plus traitable que les intéressés. Celui qui eût maltraité la femme la plus misérable, fût devenu l'objet de la haine et de l'antipathie universelles. Les travaux exécutés par les femmes du canton de Zarnata excitèrent l'admiration des savants français attachés à l'expédition de Morée. Ils constatèrent que cette « incomparable culture » était le résultat de l'activité de « vaillantes grecques. > Bory de Saint- Vincent, qui se fait l'organe de cette admiration , put se convaincre, en considérant ces femmes énergiques, «quelles écrivains qui ont nié qu'il restât aucune trace du peuple formé par Lycurgue dans les flancs du Taygèle, n'ont jamais visité les endroits sur