PARTIE II. — LIVRE III
lesquels ils font pourtant des romans, intitulés relations de voyages , itinéraires , etc * . » Le savant ethnographe ne peut parvenir à comprendre comment les femmes de Zarnata ont eu assez de patience pour élever « cette multitude de degrés prolecteurs» qui, chaque année, arrachent aux torrents et aux orages le sol de leur pays. «Elles ont, ajoute-t-il, entassé une masse de constructions à laquelle toutes celles de TÉgypte primitive , de Rome antique et de notre moderne Paris ne sauraient être comparables pour l'étendue et l'utilité. T>
Malgré ces travaux gigantesques, la population de la Maïna, n'obtenant, à cause de la nature du sol , que des parcelles de terrain cultivables, ne peut généralement se grouper en villages, et les maisons restent isolées. Ces maisons sont construites d'une manière particulière, avec des pierres sèches , superposées d'une manière très-habile ; l'entrée en est étroite et l'escalier est pratiqué dans l'intérieur du mur. Chaque maison est donc une espèce de forteresse , où le Maïnote conserve fidèlement les ha-
* On peut opposer ces sévères affirmations aux assertions tranchantes du pamphlétaire autrichien J. P. Fallmerayer.
bitudes desespères. Brave, frugal, infatigable, mais rude , vindicatif et peu disposé à reconnaître Tempire des lois , il se rapproche des Albanais plus que des Hellènes du royaume , qui savent plus ou moins sacrifier leurs passions et leurs rancunes aux nécessités de Tordre social. La vendetta est tellement puissante dans la Maïna, que des combats sanglants ont lieu , non-seulement entre des individus , mais entre des familles entières. Lorsqu'on épouse une femme à laquelle « est dû du sang » , on contracte l'obligation de tuer un membre de la famille ennemie , et on ne manque jamais à cette obligation. Il n'est pas aisé de soumettre à ses volontés une population aussi emportée. Lorsque les régents bavarois voulurent faire raser les pyrghi , les Maïnotes reçurent les troupes allemandes à coups de fusil et les traitèrent comme elles avaient traité les soldats d'Ibrahim. L'influence de la religion serait plus puissante que la force. Déjà l'évêque d'Hélos , prélat dévoué et persévérant , a beaucoup fait pour l'amélioration des Maïnotes. Comme ils ont beaucoup d'araour-propre et des sentiments vraiment patriotiques, on les transformera , avec le temps , en d'excellents citoyens qui^