‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 266 sur 284 · PARTIE II. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE III

était de la nuance la plus charmante. Les canevères (arundo donax) des bords de FEurotas, dont les belles touffes sont mollement caressées par les vents, avaient déjà, dans l'antiquité, attiré l'attention des poètes et des naturalistes. Les anciens disaient qu'avec la tige d'une de ces graminées on pouvait vaincre, instruire et charmer cette faible humanité, nommée par Pascal « un roseau pensant » ; puisqu'on en faisait une flèche , une plume et un instrument de musique. Je suivis la rive de l'Eurotas jusqu'à Palaeokhano (vieux khani), où je me reposai. Un figuier et des lauriers-roses, entourés de clématites fleuries, formaient, sur une élévation, un berceau parfumé qui protégeait ma tête. Au-dessous coulait l'Eurotas, et au delà du fleuve s'étendaient des champs où le maïs se mêlait aux mûriers. Une chaînôir de collines rocheuses, couvertes de buissons de myrtes et d'yeuses, fermait l'horison.

A mon entrée dans la plaine de Sparte , je fus frappée du magnifique aspect des champs. Une irrigation bien entendue entretient la verdure du maïs et des mûriers. La physionomie des monts abruptes et sombres, dont les cimes.

renversées par les tremblements de terre , ressemblent à des forteresses ruinées , fait ressortir la richesse de cette plaine. Sur les flancs ou sur les dernières assises des monts les plus voisins , sont dispersés de blancs villages. Des moutons paissent sur les coteaux de la vallée où fleurissent les grenadiers , les citronniers et les orangers, que domine à l'est l'admirable chaîne du Taygète, et qu'arrose TEurotas, qui traverse dans toute sa longueur l'éparchie de Lacédémone pour aller se jeter dans le golfe de Laconie. Mais les cygnes ne se cachent plus dans ces canevères qui valurent au fleuve l'épithète de calUdonax.

Les ruines d'une forteresse du moyen âge annoncent aux regards avides la cité où tipe aristocratie rude et guerrière organisa tant d'expéditions contre la démocratie athénienne , la plus lettrée et la plus artiste des démocraties. Sans doute Lacédémone ne peut être comparée avec sa rivale quand il s'agit des arts , mais une cité hellénique ne pouvait être étrangère au sentiment artistique. Les descriptions qui nous sont restées des monuments de Sparte annoncent un luxe public très-avancé et une certaine culture

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