‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 269 sur 284 · PARTIE II. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE III

chez une veuve, M^e Korfiotakis, sœur de la femme de mon hôte de Castanià. Les Korfiotakis et les Mavromichalis sont divisés par des antipathies acharnées. Je remarquai que M"*® Korfiotakis, dont le mari a été assassiné, avait, comme la plupart des femmes que j'avais vues en entrant dans la ville, une de ces figures ca- .ractérisées qui portent l'empreinte des choses tragiques. Ce type est bien conforme à l'idée qu'on se fait des Lacédémoniennes. Cependant il en existe un autre en Laconîe, qui présente l'admirable union de la grâce avec la force. Les femmes sont ici plus qu'à Athènes astreintes aux coutumes des anciens temps. J'en pus juger par plusieurs détails curieux que me donna mon hospitalière hôtesse. Une veuve est obligée de suivre les conseils de saint Paul*. En agissant autrement, elle s'exposerait au reproche de coquetterie, et on ne manquerait pas de l'accuser d'avoir en vue un nouveau mariage. Or, dans rOrient chrétien, les secondes noces ont toujours été vues d'assez mauvais œil , et conformément au texte du Nouveau Testament*, on les

* 1" épître à Timothée, V, 5.

Ubid., m, 2.

interdit encore aux membres du clergé. Mais en se servant de ce texte pour interdire aux prêtres une nouvelle union , on ne semble pas s'apercevoir qu'il impose le mariage aux évoques. « La pensée humaine , dit fort bien M. Yacherot, n'est pas arrêtée par les textes les plus précis, i^ Dans un bal que j'eus la curiosité d'aller voir, après avoir reçu le nomarque de Laconie et les. autres autorités , qui voulurent bien trouver en moi « l'étoffe d'une vraie Spartiate , » je pus me convaincre encore de l'extrême dépendance où notre sexe vivait dans cette contrée. L'appartement où l'on donnait le bal était entouré de sopbas, sur lesquels fumaient , à demi-couchés, plusieurs Lacédémoniens. Les portes étaient encombrées de domestiques et de paysans. Les dames , parées de belles robes à volants , gonflées par des crinolines , — des crinolines dans la ville de Lycurgue ! — portaient le fess qui leur allait d'autant mieux que toutes étaient jeunes et jolies; elles m'avouèrent qu'elles voudraient quitter cette coiffure qu'elles délestent, mais que leurs maris n'y veulent point consentir. Quatre ou cinq d'entre elles , se tenant par la main , exécutaient une danse nationale avec au-

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