‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 270 sur 284 · PARTIE II. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE III

tant de cavaliers. Deux musiciens , coiffés d*énormes fess y composaient l'orchestre : l'un jouait du violon et l'autre du tambourin. Au-dessus de leur tête , étaient suspendues au mur quelques robes d'indienne. Aux danses des deux sexes en succédèrent d'autres auxquelles les hommes seuls prirent part. Puis on nous offrit des confitures et du café. Ce qui me frappa dans cette réunion fut l'extrême docilité des femmes. Elles se levaient, dansaient, retournaient à leur place au moindre signe des hommes , qui les traitaient avec un sans-gêne conforme, il faut l'avouer, aux traditions doriennes , mais qui eût paru singulier à Pétersbourg ou à Londres.

Une fois qu'on a contracté ces habitudes de déférence exagérée , on les conserve même dans les relations avec son propre sexe. Lorsque je me retirai dans ma chambre , après le bal , une femme âgée, chargée de me servir, ne sachant comment me faire honneur, se prosternait à chaque instant devant moi en m'appelant « un saint mystère > (aghion mystirion) et en me baisant le bout des pieds comme si j'avais été le Pape en personne.

Les voyageurs occidentaux qui ne connaissent pas la plupart du temps l'histoire des pays qu'ils parcourent avec tous les préjugés que l'observateur le plus impartial reçoit infailliblement de sa race et de son éducation, sont fort exposés à se laisser tromper par les apparences. Bory de Saint- Vincent avoue que s'il n'avait pas examiné avec attention les femmes de la Maïna , il aurait pris pour de la servilité le respect qu'elles mon- Iraient aux hommes. Sans doute il se trouve en Orient, comme partout, des femmes qui n'ont qu'un médiocre sentiment de leur dignité personnelle. Mais une sujétion exagérée ne détruit pas chez toutes l'énergie qui inspire les grandes actions. On connaît la bravoure des femmes serbes , surtout des Tsernagorstes. Aucun pays n'a eu plus d'héroïnes que l'Europe orientale. Jeanne Darc et Jeanne Hachette sont des exceptions, même dans la belliqueuse patrie des Gondé et des Turenne. En Albanie, le petit pays des Souliotes en a compté des centaines. Combien la Grèce n'en a-t-elle pas eu pendant la guerre de l'indépendance ! Leurs efforts ne seront point perdus, et sur cette Thessalie, où tant de femmes ont subi , au temps d'Aboulouboul-Pacha , une

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