‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 273 sur 284 · PARTIE II. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE III

on accordait presque généralement un droit de succession à l'épouse , sans distinguer, comme le droit byzantin , entre la femme dotée et celle qui ne Tétait pas. On n'a jamais pensé à interdire aux femmes, comme ailleurs, la faculté de témoigner et de tester, ni le pouvoir de contracter des obligations , quand elles ont des biens personnels , par exemple , si elles ont reçu une donation ou une succession après le mariage. Si la femme ne peut administrer sa dot , la législation s'est pourtant fortement préoccupée de sa conservation , et elle peut, dans le cas où cette dot est compromise par les dépenses du mari , mettre une hypothèque sur sa fortune , et lorsqu'une vente illégale de l'immeuble dotal a été effectuée, le reprendre, aussi bien que ses héritiers, aux mains des tiers. Dans les circonstances où la loi permet la vente, celle-ci ne peut avoir lieu qu'après une décision des tribunaux*

Les droits accordés aux veuves étonneraient assut^ément ces femmes de l'Occident , qui ne font que changer de tutelle en changeant de situation , comme les veuves hindoues échappées au bûcher. Le proverbe parisien : « le veuvage est un bâton de maréchal » est loin d'avoir un

sens partout! En Grèce, il serait intelligible; car la veuve reprend sa dot et elle administre son bien avec une complète indépendance. Si elle a des enfants , elle devient leur tutrice , toutes les' fois qu'elle ne contracte pas un nouveau mariage. Même dans ce cas, les tribunaux peuvent lui continuer la tutelle.

Le proverbe que j'ai cité prouve assez clairement que le mariage n'est point considéré généralement par le peuple français comme une situation idéale. Il me semble qu'il faut moins en accuser l'institution elle-même, trop souvent diffamée *, que les lois absurdes du moyen âge, qui l'ont complètement dénaturé^. Avant saint Augustin, l'apôtre du fatalisme et de l'intolérance , les Latins n'avaient point pris de parti sur la question du divorce. Même depuis la mort de l'évêque d'Hippone, la discipline a beaucoup varié. «Les décisions de l'Église romaine, dit un des plus illustres jurisconsultes de la France, sont longtemps empreintes d'hésitation et d'in-

* Les statistiques prouvent que la santé, les tètes solides et la longévité sont beaucoup plus rares dans le célibat que dans le mariage. Or les faits valent tous les romans et toutes les utopies.

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