‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 274 sur 284 · PARTIE II. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE III

certitude. Elle autorise vingt de nos rois * à répudier leurs femmes pour en épouser d'autres , et notre histoire nous offre presque autant de reines répudiées que de reines qui sont mortes avec leur couronne*. » Le dogme finit par se fixer ; mais Rome admit tant de causes de nullité, qu'on put aisément — en Pologne, par exemple, — maintenir un genre de divorce qui n'était que le vieux droit de répudiation conservé au mari , usage asiatique que le Christ a justement flétri '. La révolution française s'aperçut bien que l'indissolubilité du mariage était incompatible avec la hberté des cultes (loi du 20 septembre 1792); puisque tous les chrétiens, sauf les cathoHques romains, regardent le divorce comme légal. Le Code Napoléon accepta le même principe ; mais la réaction jésuitique de 1816 (loi du 8 mai) rétablit les prescriptions du moyen âge et substitua au divorce la séparation, qui sacrifie, comme le célibat des

^ Et de nos jours Napoléon 1er.

*Odilon Barrot, Divorce, dans \q Dictionnaire de la conver*^ sation.

* Tel est le vrai sens de saint Matthieu V, 32, où Rome voit la condamnation du divorce, sans s'apercevoir qu'elle devrait, dans cette hypothèse , le déclarer légal en cas d'adultère.

564 LÂGONIE.

prêtres , la morale universelle au dogme calholique.

L'Église d'Orient n'a jamais connu ces ridicules palinodies. Elle a toujours reconnu la légitimité du divorce , légitimité que contesteront difficilement ceux qui auront lu la remarquable dissertation de M. Odilon Barrot. Harménopoulos , qui n'en doute pas un instant , énumère tous les cas de divorce. Le consentement mutuel admis par la loi de 1792 , et , avec beaucoup plus de précautions, par le Code Napoléon, n'est point mentionné par le jurisconsulte byzantin. La législation du royaume de Grèce, fidèle à la tradition hellénique, n'est pas moins hostile à ce motif de divorce. Au lieu d'accepter les restrictions du Code Napoléon , elle a préféré marcher sur les traces des législateurs de la Russie, et diminuer autant que possible les causes de divorce» On a commencé par rendre les formalités plus compliquées. La loi de 4852, quia organisé l'Église, prescrit à celui des conjoints qui croit avoir un motif légal de divorce , d'adresser une pétition à son évéque* Mais celui-ci ne joue pas le même rôle que les prélats roumains , seuls arbitres de ces graves affaires. Les

Page 1