PARTIE II. — LIVRE III
Hellènes, plus prudents que les Latins , se défient trop de la théocratie pour lui accorder des pouvoirs aussi exorbitants. L'évêquedoit se borner à user de son influence spirituelle pour réconcilier les époux. Si au bout de trois mois ses représentations restent infructueuses, il transmet la pétition au tribunal compétent. Quand le tribunal lui a donné toute la publicité possible, il autorise le demandeur, un mois après ces publications, à constater par des témoins la réalité de la cause qu'il a mise en avant. La déposition des époux n'a aucune valeur, tant on craint d'introduire le divorce par consentement muluel ! Une fois le divorce prononcé par le tribunal, la sentence est transmise à l'évêque qui rompt le lien spirituel.
Malgré ces complications , les divorces étant devenus plus nombreux qu'avant la révolution , le projet de Code civil restreint considérablement le nombre des causes de divorce, grave innovation , à laquelle les influences catholiques ne sont probablement pas étrangères. Le tableau que tracent, en traitant cette question, les hommes les plus compétents , n'est pourtant pas de nature à encourager ces imitations : « Le di-
vorce ne sera jamais réclamé que là où il aura un intérêt, dit le ministre peu révolutionnaire, qui a pris la lourde responsabilité de Texpéditîon de Rome , et il n'a d'intérêt que là où le mariage est respecté. Dans les pays où le dogme religieux, constituant la loi elle-même, a établi de la manière la plus absolue , l'indissolubilité du mariage , le mariage , par une réaction forcée de la nature * contre le despotisme de la loi , est cfevenuàpeu près purement nominal, et des unions illégitimes s'y sont emparées de ce que le mariage a de réel et de sérieux. Là, quel serait l'intérêt du divorce?... On peut dire de ces pays ce qu'on a dit de la France du seizième siècle : ils ont traversé le divorce comme elle a traversé la réforme ; ils restent dans les liens du mariage indissoluble, parce qu'ils ne pratiquent plus la sainteté du mariage, comme la France est restée nominalement catholique , parce qu'elle n'a plus même assez de foi religieuse pour être protestante*!»
Pour résumer ces réflexions sur la condition
* La mobilité de la nature humaine est constatée par U religion comme par la philosophie*
* Odilon Barrot, Divorce,