‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 33 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE I

aplati , parfaitement semblable à ceux dans lesquels on met le vin en Grèce, surtout quand on voyage, et qu'on nomme tsotra. L'embouchure était très-petite et on y remarquait .une rigole circulaire qui entoure le vase dans sa plus grande périphérie. Cette rigole était destinée à recevoir le cordon par lequel s'attachait le vase, exactement comme aujourd'hui. Mais la tsotra est en bois au lieu d'être en terre cuite. Il paraît que le compatriote de Dionysos, qui reposait dans cette tombe, était resté jusqu'à la mort fidèle au goût des Béotiens pour le jus de la vigne. Or comme il est rare que les penchants des peuples ne se manifestent pas dans tous les éléments constitutifs de leur existence, même dans la religion , la Béotie fut par excellence le théâtre des aventures du dieu que la légende thébaine fait naître de la « blanche » Sémélé , fille de Cadmus, fondateur de Thèbes. Mais ce serait se faire une idée bien peu exacte de ce mythe que de n'y voir qu'une conception purement béotienne. Tous les Indo-Européens , en trouvant dans la boisson qui transportait leur imagination la source d'une exaltation étrange , en ont confondu le principe avec celui d'une puissance descendue des cieux.

Pour les Hindous, disciples des Brahmanes, le soma (a^clepias àcida)^ identifié avec Agni, le dieu du feu, possède des propriétés merveilleuses que les Mages attribuent à leur haoma. Or les disciples du Mazdéisme parlent de ce haoma avec l'enthousiasme que peut seul inspirer un dieu caché sous les apparences du vin. Dans un cli- .mat comme celui de la Grèce, le blond Dionysos « né du feu » produisait de tels effets sur Tintelligence et sur les sens qu'il était naturel qu'on considérât le jus de la vigne comme dépositaire d'une force divine. Il ne faut pas perdre de vue qu'aux yeux de l'Oriental et même de beaucoup d'Occidentaux qui résistent, disent-ils, au scepticisme du siècle, les impressions extraordinaires causées par l'épilepsie ou la catalepsie sont encore considérées comme le résultat d'une puissance surnaturelle qui envahit l'organisation pour l'exalter ou pour l'engourdir. Le génie artistique des Hellènes , au lieu d'imiter les Hindous et les Perses, qui avaient transformé le soma et le haoma en une boisson ineffable , avait personnifié le dieu arraché par Zeus du sein de la flamme qui consumait sa mère, dans cet être charmant, aux formes délicates et presque fé-

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