‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 34 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE I

minines, mais cependant irrésistible, qui remplit les âmes tantôt d*ime joie propre à « faire naître les ris folâtres et dissiper les noirs soucis * » , tantôt d'une fureur sacrée capable de renverser tous les obstacles et d'armer le bras de la plus tendre des mères contre le sacrilège qui refuserait, comme le roi de Tbèbes Penthée, de reconnaître le pouvoir du fort «armé des cornes, du taureaux, du «lion qui exhale la flamme X». Toutefois, si Ton en croit M. Langlois, le savant auteur du Mémoire sur le soma, le surnom de Bacchos rappellerait une conception d'un caractère plus asiatique et signifierait un dieu qui donne la nourriture aux hommes, et qui , dans le sacrifice , consent , ainsi que Haoma, à être lui-même cette nourriture. Cette conception, en se complétant dans les mystères de Mithra, le médiateur de la Perse, produisit la célèbre liturgie mithriaque qui donne au pain et au vin , éléments essentiels de la vie matérielle , une si grande importance religieuse.

La route qui mène de Thespies au village de Mazi est agréable. On traverse un plateau de terre rouge couvert de vignobles estimés, puis on

< Euripide.

passe la rivière Olnios et on s'engage dans des montagnes à peine séparées par un sillon rocailleux, mais revêtues d'une vigoureuse végétation. Des chèvres aux cornes énormes — les chèvres sont très-belles en Grèce — animaient le paysage inondé des rayons pourpres du soleil couchant. Les vieilles , préoccupées probablement des questions de préséance, ne s'épargnaient pas les coups les plus rudes. On les voyait , sur les rochers, se heurter résolument de leur front obstiné, en secouant d'un air vraiment belliqueux leurs barbes vénérables, tandis que les jeunes, «étrangères aux questions sérieuses», gambadaient au milieu des bouquets de thym comme de véritables folles. Si cet âge a: est sans pitié ]> , il est aussi sans souci. Ces petites chèvres étourdies ne comprenaient pas assurément les motifs qui décidaient leurs mères à se livrer de pareils combats, et pourtant qui s'aviserait de croire que ces motifs étaient dénués de gravité ? Ceux qui le penseraient seraient gens à supposer que le siècle de Voltaire et de Mirabeau a eu grand tort de se quereller si longtemps à propos des convulsionnaires de Saint-Médard , des a miracles i> du diacre Paris et des révélations de

M^c Alacoque? Certains esprits ont un tel penchant à la critique !

La vue du grand lac Copaïs, qu'on aperçoit avant d'arriver à Mazi^ ajoute au charme du paysage. Le regard ne peut se détacher de ces eaux d'un azur* profond qui se déroulent capricieusement 0 l'horizon. Ce lac, dont les gourmands du siècle d'Aristophane aimaient tant les anguilles, fort appréciées des dieux eux-mêmes si l'on en croit Athénée , et qui est fertile en sangsues*, communique avec la mer d'Eubée par des canaux souterrains. Depuis les invasions des barbares, on a laissé ce lac envahir un territoire immense. En le desséchant, non-seulenaent on rendrait à l'agriculture des milliers d'hectares d'excellentes terres, mais on supprimerait des marécages toujours nuisibles à la santé des habitants. Jusqu'en 1854 on a consacré 330,300 drachmes au dessèchement des marais*. En 1857, on a défriché la partie septentrionale du lac Copaïs ; les portions desséchées cultivées en maïs donnèrent un revenu considérable. La salu-

* L*exportation des sangsues a été pour 1852, 1853 et 1854 de 42,842 dr., 40,132 et 36,165 dr. {Renseign. statist., tab. K) et de 91,269 dr. pour 1859 (Tàb. gén, du commerce).

* Renseign, sur la Grèce, tab. 0.

brité publique exige que ces travaux indispensables soient poursuivis avec ardeur et préférés constamment à des constructions improductives. Dans des contrées aussi chaudes que la péninsule orientale, la distribution des eaux doit être l'objet d'une vigilance continuelle; car de toute eau corrompue s'exhalent immédiatement des miasmes délétères, causes de fièvres paludéennes regardées avec raison comme le principal obstacle au développement de la population. Que ceux qui déclareraient impraticables de tels travaux aillent passer quelques jours en Hollande, ou une petite mais énergique nation a conquis sur la mer et sur le Rhin un territoire sans cesse à la veille d'être envahi et toujours bravement défendu contre l'inondation. Que sont les marais formés par le lac Copaïs comparés à la mer de Harlem !

Mazi, où j'arrivai à neuf heures du soir, après avoir laissé à droite de la route le charmant village de Mavromati, qui est un peu plus au sud que l'ancienne ville de Haliartos. Avant d'atteindre Mazi, je rencontrai, à la nuit tombante, dans un fouillis de roseaux et de buissons, quatre cavaliers enveloppés du manteau klephtique en feutre muni d'un capuchon qui m'accompa-

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