‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 36 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE I

Saint-Gall , qui m'a paru infiniment, plus longue que la nuit passée à Mazi. Aussi je pris beaucoup plus philosophiquement mon parti des inconvénients que présentait la maison de M^^ Hiéra qu'un touriste inexpérimenté qui n'aurait jamais perdu de vue la banlieue de Paris.

Vagoghiate Ihébain, George, moins philosophe que moi , n'avait pas pardonné à notre hôtesse l'exiguité de son souper. Aussi, pendant que nous descendions vers la belle plaine de Lébadée, ne lui épargna-t-il pas des épigrammes plus ou moins parlementaires. Les hommes du Midi sont en général assez portés à exercer leur éloquence contre leur prochain, et les compatriotes d'Aristophane et d'Archiloque né font pas exception à la règle. Plutarque blâmait spécialement les Athéniens de l'éti^nge faciUté avec laquelle ils prêtaiient l'oreille aux propos malveillants et de Tinsupportable défaut qu'ils avaient d'accueillir la calomnie avant de l'éclaircir. On prétend que les Hellènes de nos jours sont loin d'être exempts de ce grave défaut, et que personne chez eux n'épargne à son voisin les plus dures , et souvent les plus injustes qualifications. Un peu de justice ferait vite reconnaître que ces déplorables

travers ne sont point particuliers à la Grèce ; car il suffit de jeter les yeux sur un journal du gouvernement autrichien pour avoir une idée de la honteuse polémique qu'on se permet dans certains pays. Un écrivain vaudois qui a visité le royaume hellénique justifie les Grecs avec une impartialité qui fait honneur à son caractère : « Comparez , disait M^ne la comtesse de Gasparin dans son Voyage dans le Levant ^ la Grèce à d'autres pays longtemps esclaves : au royaume de Naples... Hélas! au canton de Vaud... Y a-t-il moins de scrupule à dire ce qui n'est pas? Beaucoup moins d'escroqueries qu'ici?»

Les anciens Athéniens, pour préserver leurs femmes de diffamations plus ou moins odieuses, leur avaient imposé une vie assez semblable à celle des Turques de notre temps. «Mais, dit le naïf et savant auteur ^' Anacharsis ^ la sévérité des lois ne saurait éteindre dans les cœurs le désir de plaire, et les précautions de la jalousie ne servent qu'à l'enflammer. Les Athéniennes , éloignées des affaires par la constitution du gouvernement et portées à la volupté par l'influence du climat, n'ont souvent d'autre ambition que celle d^être aimées, d'autres soins que celui de

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