PARTIE I. — LIVRE I
leur parure , d'autre vertu que la crainte du déshonneur. Attentives pour la plupart à se couvrir de rombre du mystère, peu d'entre elles se sont rendues fameuses par leurs galanteries. »
Il faut avouer, tout en constatant la disposition des méridionaux à la médisance , que leur mobilité enlève à la satire ce caractère d'acharnement hargneux et impitoyable qu'on trouve trop souvent chez les esprits caustiques des contrées septentrionales. Quelle différence entre un Aristophane et un Swift ! C'est que l'homme du Nord se croit obligé d'user et d'abuser de la logique, et qu'il raisonne même ses antipathies. Or le goût du raisonnement, très-légitime dans une certaine sphère , n'est pas , tant s'en faut , exempt d'inconvém'ent quand il sert à justifier, comme chez l'auteur des Voyages de Gulliver, la plus sombre et la plus intraitable misanthropie. Rien de pareil n'était à craindre chez l'agoghiate thébain. A peine avait-il exhalé son courroux contre notre hôtesse, qu'il avait oublié ses griefs. La pensée de dîner à Lébadée chez l'éparque , était d'ailleurs de nature à le calmer complètement.
La distance qui sépare Mazi de Lébadée est rafraîchie par plusieurs cours d'eau , le Mêlas ,
rOplite, rOcalius, le Triton. Une contrée aussi bien arrosée ne saurait être dénuée d'agrément. Sur les coteaux grandissaient en foule de belles sauges officinales, aux feuilles pétiolées d'un vert cendré , aux fleurs d'un bleu rougeâtre exhalant une odeur aromatique. Auprès de celte espèce de ronce qu'on nomme mûrier sauvage, alors couverte de baies noires ou rouges , dont on fait d'excellentes confitures en Roumanie, croissaient ces cotonniers qui ressemblent à une grande mauve et dont le duvet floconneux est une des richesses de la plaine de Lébadée. La nature travaille sans cesse à rajeunir et à peupler ce sol couvert de ruines. D'immenses tortues se promenaient lentement dans l'herbe ou même sur le chemin. Après avoir dépassé le khani de Siakho , où l'on voyait une niche en bois garnie d'images, devant lesquelles était une petite lampe éteinte, modeste sanctuaire destiné à remplacer tant de temples somptueux renversés par le temps, on arrive à Vrastamitis, blanc village entouré de verdure, situé au pied d'une colline qui supporte les restes d'une tour hellénique. Je trouvai à Vrastamitis une enceinte construite en assises régulières et une corniche d'autel murée dans