PARTIE I. — LIVRE I
complots de son faible monarque. L'Amérique était séparée par l'Océan tout entier des adversaires qu'elle devait combattre et qu'elle pouvait égarer et affamer dans ses solitudes sans limites. Enfin les Italiens forment une nation de vingtcinq millions d'âmes, tandis que les Hellènes n'étaient qu'une poignée d'hommes contre les forces que le fanatisme musulman recrutait en Europe, en Asie et en Afrique. On parle avec afifectatiou des défaites qu'infligea à la Grèce l'heureux général qui triompha des Wahabites , et qui , par ses victoires de Jafia , de Kaïffa , de Saint-Jean-d'Acre , de Homs, de Konieh, de Nézib mit l'empire ottoman à deux doigts de sa perte. Mais les soldats qui avaient vaincu à Jemmapes et à Valmy n'ont-ils pas succombé à Cassano, à la Trébie et à Novi lorsque le vainqueur des Turcs , des Tartares et des Polonais descendit en Italie ?
Pendant que je chevauchais à Pétra, une troupe de pallicares en foustanelle que je venais de rencontrer, me dirent qu'autrefois tout ici était infesté de serpents dont une vieille Turque débarrassa le pays par des enchantements mystérieux. Les parties basses de la plaine de Lébadée, où
pullulent les sangsues dans des cours d'eau stagnants , ne rappellent-elles pas un peu ces solitudes primitives où les dieux et les héros de la Grèce antique perçaient de leurs flèches les pythons et les hydres? La fange, échauffée par un soleil dévorant, n'a plus heureusement la vertu de produire les monstres des premiers temps. Mais le globe a toujours un tel besoin de l'activité humaine , qu'il engendre inévitablement des fléaux de toute espèce dès qu'il est abandonné aux forces souvent désordonnées de la nature. LaMaremme de Toscane n'était-elle pas au temps des Etrusques couverte de riches cités dont les ruines jonchent ses marécages? La campagne de Rome n'a-t-elle pas été florissante au siècle des Scipions? La Sicile n'était-elle pas autrefois le pays le plus fertile de l'Europe? Le ti^avail est un «enchantement» plus souverain que les incantations desvsorcières de Thessalie; c'est une force plus puissante que l'arc d'Apollon , la massue d'Héraclès ou le glaive de Persée. C'est lui qui a fait sortir des lagunes et des marais la splendide Venise et l'opulente Amsterdam. C'est lui aussi qui transformera un jour le sol hellénique et rendra aux plaines de la Béotie , aux