PARTIE I. — LIVRE I
vallées de l'Eurotas et du Sperchius leur antique richesse. Mais les Hellènes , il ne faut jamais l'oublier, sont marins, commerçants, professeurs, avant d'être agriculteurs. Chaque peuple a son aptitude particulière , à laquelle il obéit d'abord par un instinct irrésistible. Les Français, qui sont les premiers soldats du monde, ne sont-ils pas fort inférieurs aux Anglais dès qu'il ^agitde science agricole? Les Anglais, qui sont d'excellents navigateurs , pourraient-ils rivaliser avec les Allemands sur le terrain de la philosophie et de la théologie ?
A l'époque où se livrèrent les combats dont la bataille de Pétra fut le dernier épisode, Lébadée avait plus d'importance qu'aujourd'hui. Capitale de la Grèce continentale, elle contenait environ 42,000 habitants. Ce nombre est aujourd'hui réduit à 4,000. Les Turcs et les Israélites ont quitté la ville, et le développement du commerce maritime lui a enlevé son importance commerciale. En outre , la fièvre causée par le voisinage des marécages n'est pas de nature à y attirer la population. Mais cette plaine offre tant de ressources qu'elle deviendra , lorsqu'elle sera complètement assainie , une des plus opulentes du
royaume. Les fruits y sont abondants; ils semblent savoureux^ même dans un pays où les oranges , les grenades , les amandes et les abricots sont partout très-bons- Les 600,000 oques de coton qu'elle produit, alimentent une filature établie à Patras ou sont livrés à l'exportation. Le coton herbacé réussit très-bien en Grèce, surtout dans l'Argolide et dans les îles. Tôt ou tard, l'abolition de l'esclavage aux 'États-Unis obligera les 5,000,000 d'Anglais, qui le travaillent dans les manufactures, à chercher moins loin d'eux un produit si essentiel à la prospérité de la Grande-Bretagne. La Grèce ne ferait-elle pas bien de se préoccuper de cet avenir? L'exportation est déjà en voie de déyeloppement, car on la voit monter de 7,224 drachmes à 27,418 (année 1853). Elle se maintient encore à 19,826 en 1854*. Le tabac vient aussi admirablement dans4a plaine de Lébadée. On en récolte également de très-bon en Argolide. Les étrangers estiment avec raison le tabac grec. Aussi l'exportation était en 1852 de 82,521 drachmes; en 1853, de 257,689; en 1854, de 159,995*; en
* Renseig, stat. etc., tabl. K.
*Renseig. stat., tabl. K.