‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 42 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE I

1858, de 892,939*, et en 1859, de 649,452 drachmes*.

Je voudrais croire que la Grèce aime mieux vendre son excellent tabac que de le fumer, — les Hellènes ne prisent pas. Sans doute, le puissant narcotique, apporté d'Amérique par les Espagnols, peut être, dans des cas exceptionnels, d'une véritable utilité. La fumée du tabac est un stimulant léger et efficace pour combattre les causes débilitantes. Il récrée l'esprit et soutient le moral des personnes qui se trouvent exposées à l'action de ces causes, surtout quand leur constitution doit les leur faire spécialement redouter. Mais son effet le plus ordinaire est de produire des pesanteurs, des douleurs de tête et même des vertiges , d'affaiblir la mémoire , de paralyser la volonté et de plonger dans un état d'hébétude continuelle. Comme les Orientaux fument avec un acharnement extraordinaire, — la Grèce, riche en tabac, en 1854% importait pour

* Tabl. du commerce de la Grèce pour 1868.

* Tabl. gén. du commerce de la Grèce.

' Cet article n'a pas disparu dans le tableau des importations qui ont été faites en 1857. (Voy. Tabl. gén, du commerce de la Grèce, p. 8-9.)

178,065 drachmes*, — leur intelligence, naturellement vive et pénétrante, s'engourdit trop souvent par la funeste action de la nicotine. Mais qui songe à ces inconvénients dans des contrées où les principes d'une hygiène raisonnée, admirablement devinés par les anciens Hellènes , sont encore généralement regardés comme des théories dénuées de toute application? On est étonné à chaque instant de voir les mêmes gens qui s'exposent avec une insouciance sans égale à des inconvéniens si graves , repousser des mets inoffensifs et même salutaires. Ainsi les tortues grecques, que je rencontrais à chaque pas pronienant leur carapace tachetée de noir et de jaunevert, ne sont pas plus estimées que les grenouilles, réservées, d'après les légendes populaires , aux immondes pagania (espèce de loupsgarous) ; pourtant la chair des chéloniens , si j ustement appréciée en Occident, est très-saine et fait d'çxcellents bouillons analeptiques. Ayant pris une de ces tortues, je demandai à mon voisin s'il ne voudrait pas en tirer parti. Quoiqu'en

sa qualité de chorophylaque, il eût accompagné le ministre de France et vu son cuisinier faire

' Renseig» siai., tabl. J.

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