PARTIE I. — LIVRE I
de la soupe à la tortue , il ne put , malgré le respect qui était la règle de toutes ses actions , comprimer un irrésistible mouvementde répugnance. Ne voulant pas lui imposer la tâche de porter à Lébadée un gibier qui lui semblait impur, je laissai partir la tortue en la félicitant secrètement de la mauvaise opinion qu^on avait d'elle. Je vis la figure du chorophylaque s'épanouir à la pensée qu'il n'aurait à transporter à Lébadée aucun animal immonde^ Du reste, on ferait une longue histoire de pareils préjugés. Quoique les Anglais appliquent dédaigneusement l'épithète de «mangeurs de grenouilles» à leurs voisins du grand empire, les Français m'ont toujours paru n'avoir que de la répugnance pour la chair blanche et délicate de ces batraciens à laquelle les Allemands rendent si volontiers justice.
J'arrivai à Lébadée à onze heures du matin. Cette jolie ville est située à l'entrée d'une gorge sauvage, au pied de la colline de Zeus-Basileus dont le temple dominait la ville et dont les ruines sont dans la citadelle ; cette citadelle , tout en conservant des parties antiques , a l'aspect d'une forteresse moderne. C'est tout ce qui reste à Lébadée des monuments qui attestaient la magni-
ficence et le goût éclairé de ses habitants. Sans qu'elle ait la même importance commerciale qu'à l'époque où elle était le centre des caravanes , il y règne encore une certaine activité industrielle. Les cours d'eau qu'elle possède ont permis d'établir des moulins et un grand nombre de machines hydrauliques pour le feutrage de la bure. L'industrie n'a pas fait encore de grands progrès en Grèce, «elle est arriérée,» dit franchement un ministre des finances*. Les tanneries d'Athènes, d'Andros, de Patras et de Syros (Syra), une filature de coton à Patras , des filatures de soie à Athènes, au Pirée, à Sparte et à Calamata sont les seuls établissements du royaume qui méritent le nom d'établissements industriels. « L'établissement de MM. Dourouti à Athènes, dit M. Gaudry, est un des plus beaux que l'on puisse voir dans ce genre. » MM. Dourouti ont annexé à leur filature de soie un moulin à blé , un moulin à huile, une scierie, un tour et une meule à aiguiser, mus par une machine à vapeur de la force de quarante chevaux. M. CheUotis s'occupe de la poterie, à Patissia. Les « Jeux-Olyrapi-
* Rapport (lithographie) du ministre des finances (M. Coumoundouros) à S. M. le roi, p. 11.