PARTIE I. — LIVRE I
des règnes glorieux , troublèrent souvent ce pays demi-barbare et demi-grec. Perdicas III ayant été obligé, à la suite d'une de ces perturbations qui paralysaient les for<5es nationales , de recourir à rintei'vention d'Athènes , Thèbes s'irrita du rôle que les Athéniens jouaient dans ce royaume, et Pélopidas fut chargé d'amener dans ses murs et de garder comme otage Philippe, frère du roi de Macédoine. Ce jeune prince, heureusement doué , avait une ambition égale à ses talents. Sa bonne fortune l'ayant placé auprès du plus grand homme de son temps, il apprit des Thébains eux-mêmes l'art de les vaincre et de subjuguer les Hellènes. Lorsqu'il monta sur le trône de Caranus , Philippe III marcha de victoire en victoire jusqu'au jour où la bataille de Chéronée décida du sort de la Grèce.
Pas un des Thébains du bataillon sacré n'avait reculé et n'avait été frappé par derrière. Ils périrent tous jusqu'au dernier. « On ne grava point, dit Pausanias , d'épitaphe sur leur tombeau , car la fortune les avait trahis ; mais on le surmonta d'un lion, en souvenir de leur courage. » Le lion de Chéronée m'a paru d'un beau, travail. Quoiqu'il eût subi plusieurs dégradations et qu'un de
ces Vandales qui ont mutilé les monuments helléniques eût brisé deux de ses griffes pour les emporter, il pourrait être aisément restauré et replacé sur un piédestal. La société archéologique d'Athènes était alors saisie d'un projet de restauration qui lui avait été soumis par M. le professeur G. G. Pappadopoulos. La Grèce peut rendre hommage aux derniers et magnanimes défendeurs de la république sans méconnaître la grandeur de l'œuvre que Philippe , assassiné à l'âge de quarante-sept ans, ne put accomplir, et qui était réservée à son successeur. Athènes , Sparte et Thèbes , l'expérience l'avait démontré, étaient également impuissantes à réunir en un faisceau les forces de la Grèce et à continuer la réaction de l'Europe contre l'Asie, réaction qui devait porter les bataillons helléniques jusque dans les sanctuaires du Brahmanisme, et ouvrir, pour la première fois , un monde immuable aux influences européennes. Les conquêtes d'Alexandre furent la continuation épique des victoires de Miltiade et de Thémistocle. Ceux-ci fondèrent une Europe indépendante , lé fils de l'Albanaise Olympias lui assura le premier sur les sociétés barbares la prédominance qu'elle ne devait pas