PARTIE I. — LIVRE I
on voit encore taillés dans le roc plusieurs rangs de gradins du théâtre. La fontaine du village est construite en marbre ancien, et un sarcophage antique sert de récipient. On a rnuré dans cette fontaine plusieurs stèles. L'inscription d'une de ces stèles indique un monument dédié par un certain Flavius Antoboulos à son aïeul maternel, «philosophe platonicien. » Dans l'église principale, consacrée à laPanaghia, existent quelques restes de colonnes corinthiennes. On y voit aussi un siège en marbre auquel la tradition a attaché le nom de Plutarque. Il paraît que le culte des reliques^ auquel les Orientaux sont si fort attachés , n'est pas sans racines dans la nature humaine, puisque l'on conserve partout si précieusement tout ce qui renouvelle le souvenir des grands hommes. Avec quel intérêt un protestant va visiter à la Wartbourg tout ce qui rappelle le puissant réformateur de Wiltemberg ! Quel méthodiste ne serait pas heureux d'avoir la Bible de Calvin ? Le philosophe le plus disposé à rire de certaines pratiques serait le plus fortuné des mortels s'il pouvait montrer à ses amis une plume qui aurait servi à Mirabeau ou une épée de Napoléon. Combien de reliques n'a-t-on pas faites
avec les pierres de la Bastille ou avec le saule de Sainte-Hélène ?
Il était déjà plus de six heures du soir lorsque je quittai Chéronée pour aller coucher au monastère de Hosios-Loukas *. En marchant dans la direction du sud-ouest, j'arrivai au bas des montagnes qui forment le point de jonction entre le Parnasse et le mont Nicéon. Je passai à côté de Haghios-Vlasis , où gisent les ruines de Panopéas, dont l'acropole est située sur une cime rocheuse. L'enceinte de la ville devait être trèsvaste, puisqu'il existe des fondations et des traces de murailles à une très-grande distance dans la plaine. Il est assez pénible de gravir le mont Nicéon à cause du nombre de mamelons qu'il faut escalader. Mais les formes pittoresques de la montagne et la vigueur de la végétation occupent assez l'attention pour préserver de la fatigue. La fausse yeuse forme des groupes impénétrables où les klephtes seuls, protégés par l'épaisseur de leur manteau de feutre , pourraient braver lés épines dont sont semées, dans leur premier âge, les feuilles persistantes de cette
* L'épithète Hosios appliquée à un saint indique toujours un moine.