‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 51 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE I

espèce de chêne. Au sein de Tobscurité, cette verdure sévère donnait aux gorges un sombre aspect. A mesure qu'on s'élevait , les précipices s'élargissaient le long du sentier que les chevaux suivaient à la file d'un pied hésitant. Le mien, qui se cabrait souvent, devint furieux à l'approche du monastère. Je n'eus que le temps de descendre, et sans la promptitude et la résolution de l'agoghiate George , il ne m'en eût pas probablement laissé le temps. A peine débarrassé de son fardeau , il se précipita à travers les rochers, en jetant de côté et d'autre tout ce qu'on avait attaché à la selle, tapis^ sacs et coussins. Hosios-Loukas étant un de ces couvents-forteresses où se réfugièrent tant de fois les Hellènes menacés par les invasions, les moines peuvent, au besoin, faire attendre les visiteurs attardés. Comme il était plus d'une heure, les caloyers ne croyaient point recevoir ma visite au milieu de la nuit. D'abord ils ne parurent pas disposés à ouvrir. Les chorophylaques , qui ne se souciaient point de coucher à la belle étoile, firent un tel bruit à la porte, qu'on vit enfin un guichet s'enir'ouvrir. Les uniformes de l'escorte ayant complètement rassuré le portier, la porte roula sur

ses gonds et un religieux me fit monter un escalier, puis entrer dans la salle où l'on reçoit les étrangers. Mais ce caloyer ne savait probablement pas lire, car il alla chercher un de ses confrères. Celui-ci, au lieu de jeter un coup d'œil sur les lettres d'introduction, les lut avec autant d'attention que s'il eût été obligé de les apprendre par cœur. Son recueillement avait quelque éhose d'irritant pour des gens exténués, qui avaient hâte de souper et de dormir. Mais le moine, surtout en Orient, est lent comme s'il était éternel. Il a l'habitude de porter dans ses moindres actes toute la solennité du cloître. Le caloyer, après avoir médité chaque syllabe, fit un profond salut et parla de souper, mais du ton évasif d'un homme qui craint de dépasser ses pouvoirs, précaution, du reste, assez fondée, car là où manquent la vraie activité et les événements sérieux , les questions de préséance peuvent atnener des luttes aussi graves que celles du Lutrin. Aussi,. après avoir fait entrevoir la possibilité d'une hospitalité satisfaisante, le religieux, comme pour constater «qu'il y a une grande distance entre la coupe et les lèvres » , s'éloigna majestueusement et fut remplacé par

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