PARTIE I. — LIVRE T
un personnage plus âgé que je pris pour un ancien igouménos (supérieur); celui-ci, à cause de sa vieillesse, parut avoir quelque peine à déchiffrer les leltres. 11 ne s'en confondit pas moins en saints respectueux. Enfin parut l'igoumène lui-même, qui fut encore plus poli, s'il est possible, et qui fit d'abord, selon l'usage, servir des confitures aux roses et du café, et ensuite un excellent repas. Toutes ces dispositions finirent par réveiller le couvent , et la cour et les corridors se remplirent de moinillons, enfants de huit à douze ans en longues robes, aussi vifs et aussi remuants que les moines l'étaient peu. Dans les conversations que j'eus avec les caloyers en attendant l'arrivée du repas, ils n'affectèrent point un grand enthousiasme pour les opinions qui dominent dans la Grèce actuelle. Ils parlaient, au contraire, avec une entière franchise de leurs antipathies comme de leurs sympathies. Les choses sont loin d'avoir tourné comme ils l'espéraient. Une fois les Musulmans expulsés , ils s'attendaient à voir grandir leur position , particulièrement dans ce couvent qui prit une part active à la guerre de l'indépendance et qui souffrit beaucoup de la fureur des
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Turcs. Mais l'esprit moderne comptait déjà dans le nouveau royaume des représentants influents. Il ne leur fut pas difficile de montrer les inconvénients causés par le célibat et paV le développement exagéré des institutions monastiques dans un pays ruiné par la guerre et oii les bras manquent partout à l'agriculture. Leurs idées furent si bien accueillies qu'une grande partie des couvents fut supprimée et l'autre réformée. Les moines de Hosios-Loukas , qui affectaient de mettre en opposition la conduite des Russes et celle des Hellènes , ignoraient assurément que la Russie a montré la première dans l'Europe orientale qu'elle ne regarde point le monachisme comme une partie essentielle du christianisme , mais comme une institution purement ecclésiastique, soumise, par conséquent, au contrôle de l'État. C'est en vain qu'on attribuerait ces actes uniquement au gouvernement impérial. Le plus récent apologiste du monachisme en France se désole de l'hostilité persévérante de l'aristocratie russe contre les moines. Ces doléances prouvent assez que les empereurs, dans leurs décrets sur les couvents, n'étaient point en contradiction avec la classe supérieure.