PARTIE I. — LIVRE I
cile de Latron sur Textermination des hérétiques. Thomas d'Aquin, le «docteur angélique » qui a résumé dans sa Summa toute la doctrine catholique est aussi clair que possible : « Les hérétiques , dit-il , doivent être exterminés par les princes séculiers, t» Les moines de l'Église orientale n'ont pas comme les Dominicains ou les Jésuites de pareilles armes à opposer aux partisans du système constitutionnel. Au contraire , ceux-ci peuvent leur montrer que l'organisation de cette Eglise est tellement parlementaire que ses anciens conciles de Nicée , de Constantinople, d'Éphèse, de Chalcédôine etc. ont servi de modèle à toutes les assemblées délibérantes. Encore aujourd'hui l'Église hellénique est gouvernée par un synode , et l'Église russe, qui a fait au pouvoir civil une plus grande part , est restée fidèle à ce mode de gouvernement.
A Hosios-Loukas même, la monarchie pure n'a jamais été acceptée ; car rien ne ressemble moins à une maison de Jésuites qu'un monastère oriental. Dans les couvents fondés par Inigo de Loyola, le R. P. supérieur représente l'autorité de Jésus-Christ lui-même, et comme cet I '
ordre croit être la compagnie ou Farmée de Jesus, il s'est résigné au despotisme militaire. Or dans une armée le dernier caporal doit être obéi sans réflexion et sans discussion comme le général lui-même. A Hosios-Loukas , on ne comprendrait pas cette application à la vie religieuse d'une discipline qui n'est nécessaire que dans les camps, et qui, dans le cloître, transforme l'individu en une machine , jusqu'à ce qu'il devienne un bâton et un cadavre — fustis ac cadaver. Même avant la guerre de l'indépendance, le monastère était gouverné par un sénat composé des anciens igoumènes (lïpoyiyoujxsvoi) , de l'igoumène ou supérieur actuel (xaOTiYoufjievo;) et de quelques membres de la communauté. Pour obéir aux lois du royaume, ce sénat a été remplacé par un conseil que préside l'igoumène. Mais les anciens titres continuent d'être employés, quoiqu'ils ne soient plus en rapport avec la situation actuelle.
Les rapports des moines entre eux ont été transformés, comme l'organisation du sénat. L'ancien communisme , encore en vigueur dans les couvents de Turquie , a été profondément modifié dans presque tous les cloîtres du royaume,
grâce à rinfluence croissante, et désormais irrésistible, de la société laïque. Chaque religieux mange dans sa cellule. Il reçoit du couvent, une ration de pain , d'olives et de fromage , et quelquefois de viande, si Ton est dans un jour gras. Mais quand il a quelques ressources personnelles , comme il n'a pas renoncé à sa fortune en faveur du monastère , il peut ajouter quelques provisions à ce repas frugal. On n'exige de lui tant qu'il est au couvent qu'un travail insignifiant. Ceux qui tiennent à s'occuper s'amusent à sculpter des cuillers de bois, à faire des camilachi (bonnets monastiques) et même à cultiver le potager. On envoie aussi des caloyers dans les succursales (fieroxia) pour surveiller les travaux agricoles ou pour y prendre part ; car le monastère possède des vignobles et des troupeaux qui paissent sur le Parnasse. Aussi les moines écrivirent-ils pendant le souper une lettre qu'ils expédièrent aussitôt pour recommander aux pâtres du Parnasse de me fournir tout ce qui serait à leur disposition.
La principale occupation des caloyers est l'office. De très-grand matin , on lit le ^pôpoç (matines); puis, un instant après, vient la liturgie
(messe) ; ensuite les éfpai (heures), enfln le dîner. Dans raprès-midi , il y a ritxTcsptvoç (vêpres) , et quand le jour est fini l'aTr^^Seiirvo; (prières après souper ou coraplies). Dans les grandes fêtes , la wavvoxYiç (vigile ou veillée) a lieu dans la nuit. Chaque prière est annoncée d'abord par les cloches , puis par le simandron , plaque de fer en demi-cercle , suspendue avec des chaînes du même métal, sur laquelle on frappe avec un marteau. Cette plaque se retrouve dans les monastères bouddhistes*, ainsi que les autres pratiques monastiques, fort antérieures au christianisme. Le son des cloches annonce également le déjeuner , le dîner et le souper.
La règle de tous les couvents helléniques est à peu près identique. Il en est de même de la distinction de la population du couvent en trois catégories , les religieux , les novices (SoxifAot) et les domestiques. A Hosios-Loukas , ces trois ca-
* Voir Charton, Voyageurs anciens : Fa-hian. A la page 359 du tome W on trouve , d'après VEncyclopédie japonaise , un dessin de la plaque et un portrait de religieux disant le chapelet. Les récits de Fa-hian et de Hiouen-thsang jettent un jour très-vif sur les origines du monachisme. Voir le Foë-kouë-ki, trad. A. Rémusat, Paris 1836, et V Histoire de la vie de Hiouenthsang, trad. S. Julien, Paris 1853.