PARTIE I. — LIVRE I
tégories réunies formaient alors un personnel de quatre-vingts individus. Les aliénés étaient la population flottante du monastère. En Orient on a conservé généralement les idées de Tanoienne médecine sur les maladies nerveuses. L'auteur du Phédon nous apprend que dans l'ancienne Grèce on exorcisait les fous , afin de conjurer les mauvais esprits qui troublaient leur cerveau. On croit encore que les remèdes humains n'ont guère de prise sur des infirmités qui laissent intacts tous les organes. De là est née l'habitude d'envoyer les fous dans les lieux saints, où les prières des religieux doivent attirer la grâce du ciel sur les pauvres insensés. Il n'est pas douteux qu'un aliéné, lorsqu'on le transporte dans un milieu paisible , où il subit une influence propre à agir sur son imagination , n'entre parfois dans une voie d'amélioration. Là ne s'arrête pas l'effet des impressions morales sur les maladies nerveuses ; puisqu'il est aujourd'hui constaté par d'innombrables exemples qu'elles peuvent rendre à des nerfs frappés de paralysie le mouvement et la vie. Les moines , tantôt par ignorance et tantôt par calcul , ne manquent jamais d»attribuerà leurs prières la guérison des affections
nerveuses qui ont lieu dans leurs monastères. Pareils prodiges eussent semblé peu de chose à ces religieux bouddhistes qui faisaient — merveille attestée par Fa-Hian — tenir dans un pot 10,000 grandes mesures de fleurs. M. Hue, missionnaire catholique-romain, n'a pas vu de moindres merveilles chez les bouddhistes de la Mongolie, merveilles qu'il explique par l'intervention du diable, système plus commode que logique. Il serait à désirer qu'on préparât le miracle de la guérison des aliénés par des soins vraiment fraternels. Malheureusement ils ne sont pas toujours traités avec la douceur qu'exige leur trisle état. Les plus pauvres, employés comme domestiques , sont fort exposés à être rudoyés par les moines.
Si les religieux se montrent médecins médiocres , leur goût artistique laisse également beaucoup à désirer. Ce goût , loin de se développer , est, comme le monachisme lui-même, en complète décadence. Mais il a eu sa période de gloire. J'ai pu m'en convaincre en examinant, à Athènes, un album considérable rapporté du Mont-Athos par un peintre grec, M. SpirosHatsoïanopoulos , qui a passé dix-huit mois au