‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 58 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE I

€ On nous rapporte , dit un autre, que les Roumains sont maintenant tous des mécréants; qu'ils vivent la plupart du temps à Paris et qu'ils ne pensent même pas à TÉglise. »

Quelques soupirs échappés aux moines qui baissèrent tristement la tête sur le chapelet noir qu'ils faisaient glisser sans cesse entre leurs doigts , me prouvèrent assez que les excellents caloyers éprouvaient un chagrin réel de vivre dans un temps où les peuples songent beaucoup plus à fonder des Universités, à construire des voies de communication, à travailler au progrès de l'agriculture , de la marine et du commerce qu'à bâtir des couvents !

« Que voulez-vous , mes pères , leur dis-je en montant à cheval. Chacun ne pense aujourd'hui qu'aux écoles et aux chemins de fer. Les jours passés ne reviendront plus! Il faut s'en consoler , •» et je partis après avoir demandé , comme d'usage, la bénédiction des saints personnages qui soupiraient encore.

Afin de protester contre le présent autant qu'ils le peuvent, les moines de Hosios-Loukas n'ont pas voulu adopter l'usage des montres. Je n'ose pas sourire de pareils traits. Je suis, au

contraire, portée à plaindre très-sincèrement les derniers représentants des institutions condamnées à périr.

Sans doute les moines de Hosios-Loukas ont eu leurs jours de gloire. L'enceinte de leurs murs abrita plus d'une fois les défenseurs de la patrie. Lorsque les croisés s'emparèrent de Constantinople et y fondèrent un empire catholique, les moines de la Grèce eurent à souffrir toutes sortes de vexations de la part des vainqueurs , qui les accusaient d'entretenir la colère de la multitude. Plusieurs historiens occidentaux se sont étonnés , je le sais , de cette résistance à la « civilisation latine » et la reprochent aux Hellènes avec acharnement. Mais on confond dans ces appréciations les époques les plus diverses. La a civilisation latine » était au siècle d'Innocent III beaucoup plus redoutable que l'islamisme lui-même et infiniment plus intolérante. On oublie qu'elle couvrit de ruines le midi de la France , et que , sous prétexte de défendre la foi menacée par les Albigeois, elle inonda de torrents de sang le pays le plus civilisé de l'Occident. Les Hellènes en leur qualité de « schismatiques » n'étaient pas plus estimés que les Albigeois. Le récit de la

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