PARTIE I. — LIVRE I
prise de Constanlinople pourrait être mis à côté da sac de Béziers. Une fois la capitale soumise , le peuple fut partagé comme un vil troupeau entre les farouches barons occidentaux, habitués à gouverner avec le bâton des serfs abrutis. Les Hellènes , qui détestaient autant le sei'vage et le régime féodal que l'autocratie du patriarche de Rome, étaient blessés à la fois dans leur sentiment national , dans leur passion de l'égalité et dans leur indépendance religieuse. En se soumettant paisiblement, dit-on, ils eussent mérité les sympathies et la protection de l'Occident. Mais pourquoi ne parle-t-on pas des conditions qu'on mettait à cette protection ? En les examinant, on s'épargnerait bien des déclamations contre les Orientaux. La Hollande, au seizième siècle, à une époque où les mœurs s'étaient adoucies, n'a-t-elle pas préféré s'exposer aux plus grands périls que de se résigner à subir un pouvoir qui faisait brûler les hommes et enterrer vives de pauvres femmes? Luther n'a-t-il pas déclaré plus d'une fois qu'il redoutait beaucoup moins la présence des Turcs en Allemagne que celle des armées catholiques, et la guerre atroce de Trente ans ne s'est-elle pas chargée de lui
donner raison? Il est donc assez singulier qu'on reproche à la Grèce d'avoir agi comme la patriotique Hollande et d'avoir été de l'avis des plus hautes intelligences de l'Allemagne. Les écrivains français qui l'accusent si amèrement d'avoir préféré la domination des Turcs à celle des papes, oublient que les rois très-chrétiens ont mieux aimé s'allier aux sultans et scandaliser l'Europe par celte alliance si contraire aux idées du temps, que de se résigner à laisser triompher en Europe le catholicisme farouche des Habsbourg de Vienne et de Madrid. Ces considérations, auxquelles il serait aisé d'ajouter bien d'autres arguments, me décident complètement en faveur des moines de Hosios-Loukas, qui ont résisté noblement aux Croisés du moyen âge, comme la patriotique Pérouse aux croisés de Pionono. Mais le jour semble arrivé de la chute des institutions que d'anciens services ne sauraient préserver de la décadence inhérente à toutes les choses humaines. Si leurs défenseurs acceptent les principes du progrès , ils accélèrent leur ruine; s'ils contrarient un mouvement irrésistible , ils s'exposent à des catastrophes de toute espèce. La multitude de nos contempo-