‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 61 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE I

trahît le moindre embarras, ni aucune apparence de chagrin ou d'inquiétude. Je pus ainsi , le même jour, comparer l'attitude du moine et celle du prêtre. Le prêtre dans l'Église orientale a une confis^nce instinctive dans l'avenir , sentiment qui perce en certains endroits de l'écrit publié en russe par un ecclésiastique sous le titre de Notice sur le clergé de village. Cette confiance est très-fondée. La condition de nos prêtres est aujourd'hui aussi modeste que possible, puisqu'ils doivent pour vivre travailler de leurs mains avec les paysans et que les dignités ecclésiastiques sont encore réservées aux moines. Mais le couvent est de plus en plus menacé par l'esprit du siècle , et le presbytère ne l'est pas ; car le prêtre, père de famille, patriote et bon citoyen , se trouve dans une condition conforme aux principes de l'Évangile , de la raison et d'une politique nationale. Le prêtre existait dans l'Église avant le moine, puisque le monachisme ne date que du sièle de saint Constantin ^ , et il lui survivra. Le gaUicanisme a donné l'exemple de

* Canonisé par les anciennes Églises d'Orient et d'Occident. Voir Vexcellent article de M. Lambryllos, La sainteté de Constantin dans VUnion chrétienne de Paris, 2 mars 1862.

cette réforme salutaire. Sous le régime du concordat français, ce sont les prêtres — et non les moines — qui deviennent évêques, archevêques et cardinaux. L'Orient finira par accepter cette règle , la seule conforme à Tegprit de l'antiquité chrétienne, qui défendait prudemment d'élever des moines aux dignités de l'Eglise. On pourrait prendre les prélats parmi les prêtres âgés et veufs , quoique le mariage de nos prêtres ne soit pas une difficulté insoluble ; le Nouveath Testament recommandant de choisir les évêques parmi les pères de famille * qui puissent donner à leur troupeau l'exemple de vertus plus utiles que toutes les pratiques de l'ascétisme asiatique. Le célibat est si peu nécessaire à l'exercice des fonctions cléricales que Rome elle-même ne l'impose pas à ses prêtres du rite oriental. La contradiction que renferme la discipline actuelle de l'Église d'Orient finira probablement par disparaître. J'avouerai pourtant qu'elle a semblé à un spirituel écrivain avoir dans la pratique plus d'avantages que d'inconvénients. M. Forgues l'a défendue dans la Revue des Deux-Mondes par d'ingénieuses raisons. Un épiscopat célibataire

* Saint Paul, Première épître à Philémon^ III, 2.

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