‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 63 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE I

régions de la Maïna et du Xéroméros , les crêtes du Valtos se remplirent de bandes indomptables qui harcelèrent les conquérants avec un acharnement sans égal. Cantonnés dans les plus fortes positions de TÉpire et de TAcarnanie, ils surent inspirer aux Turcs une telle terreur que ceux-ci se décidèrent à une mesure dont les conséquences n'étaient pas difficiles à prévoir : ils reconnurent comme légitime l'existence de ces milices et leur donnèrent une organisation légale. Le chef de chaque corps à'armatoUs fut nommé capitaine , les soldats gardèrent leur ancien nom de paUicares et le lieutenant fut appelé protopallicare.

Le premier Hellène qui obtînt un diplôme des autorités musulmanes fut le capitaine d'un canton de cette Ltolie d'où devait sortir un jour l'intrépide Karaïskakis. Outre l'autorité militaire, il obtint une part à l'administration civile, qu'il partagea avec l'archevêque et le cadi. Cette institution salutaire prospéra rapidement. Quarante ans après la prise de Byzance, l'Olympe avait une milice nationale. L'Épire, la Livadie, les îles d'Eubée et de Crète, le Péloponèse organisèrent successivement leurs milices indigènes*

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D'autres capitaines refusèrent tout accommodement. Plusieurs s'expatrièrent, avec les familles qu'ils protégeaient, à la fin du quinzième et dans le cours du seizième siècle. Les plus indomptables persévèrent dans une indépendance pleine de périls, et pareils à ce Prométhée révolté qui avait reçu le nom de voleur pour avoir dérobé le feu du ciel, ils ne rougirent pas du nom de klepkte que leur donnèrent les Turcs et les Hellènes soumis à la domination ottomane qu'ils finirent par maltraiter comme les Mahométans. M. Zambélios, qui a fait une élude approfondie de la vie des klephtes *, les compare avec raison à ces outlaws qui , en Angleterre , résistèrent si longtemps à la conquête normande et dont Augustin Thierry a rendu le nom populaire. La difiérence entre les outlaws et les klephtes est tout à fait à l'avantage de ces derniers ; cai' il ne serait pas équitable de mettre sur la même ligne ces princes normands et ces Plantagenets qui ont commencé les grandeurs de l'Angleterre^ avec les successeurs de Mahomet II qui ont fait

* J'ai publié une étude sur cet historien distingué et sur les autres historiens de la Grèce contemporaine dans la Revue suisse^ janvier, février et mai 1861.

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