‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 64 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE I

des riches contrées, chantées par les poètes immortels de la Grèce antique, un pays qui peut rivaliser avec les États du Pape. Aussi le sentiment du peuple ne s'est-il pas trompé sur le véritable caractère des klephtes. C'était un honneur que d'être klephte , disait Théodore Colocotronis, et le meilleur souhait qu'une mère pouvait faire à son fils , c'était qu'il devînt klephte. Klephte voulait dire, en effet, émancipé de la tyrannie. Tout patriote, sincère oubliait leurs excès en faveur de leurs services , et se montrait disposé à pardonner bien des actes de rapine et même de barbarie à ces invincibles soldats de l'indépendance nationale. Tandis qu'il rougissait de ces primats qui se prosternèrent trop souvent devant l'islamisme tout-puissant, il était fier de penser que les Turcs , si orgueilleux dans la cité ou dans la plaine, n'osaient sans frémir jeter les yeux sur la montagne , dans la crainte d'y voir briller des épées qui portaient, comme celle de Kontoghiannis , des inscriptions significatives : « Celui qui ne craint point les tyrans , qui vit libre dans le monde , met son honneur, sa gloire, sa vie dans son sabre, i^ D'ailleurs la vie des klephtes avait un côté

poétique qui souriait aux vives imaginations du midi. Dans son bivouac , le klephte jouissait instinctivement de la beauté rude, mais croissanté de la montagne. Il saluait avec l'enthousiasme d'un libre enfant de la nature les (forêts, les monts élevés, les sources cristallines, les nuits éclairées par la lune. » Mais , fidèle aux antiques traditions de sa race, il se préoccupait beaucoup plus de la beauté humaine que des magnificences du monde extérieur. Il soignait avec amoui; ses énormes moustaches et sa chevelure aussi longue que celle des vieux Mérovingiens. Il était fier de ses membres souples, de sa taille bien prise , de ses yeux perçants , de sa physionomie martiale. Son costume avait quelque chose d'héroïque et de théâtral. Sa tête balançait un long fess rouge incliné avec élégance; une veste ornée de broderies , à larges manches ouvertes sur le côté, enveloppait ses épaules; un gilçt à plusieurs rangées de boutons protégeait sa poitrine; une ceinture de soie ou de laine serrait sa taille ; une jupe blanche à plis nombreux descendait jusqu'à ses genoux; un manteau soyeux de la même couleur que la jupe flottait négligemment sur son dos ; ses jambes

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