PARTIE I. — LIVRE I
étaient entourées de guêtres J)rodées ; des boucles d'argent, pareilles à de petits boucliers, brillaient à la cheville et aux genoux ; il avait pour chaussure des sandales ; il portait avec lui tout un arsenal , ses ustensiles de ménage et sa fortune, un fusil à la main, un sabre au côté avec une tasse en cuivre, une paire de pistolets et un poignard attachés par une courroie , une boite remplie de moelle de mouton pour nettoyer ses armes, enfin une ceinture qui lui servait de cofiFre-fort.
La merveilleuse frugalité des peuples du midi permettait aux klephtes de supporter aisément des jeûnes prolongés. Cependant, grâce aux Valaques, pasteurs de la montagne, ils solennisaient joyeusement les fêtes de l'Église orthodoxe. Un vieux klephte se chargeait de faire rôtir sur un brasier ardent un mouton tout entier, mets homérique , trop dédaigné des Occidentaux. Un vin généreux coulait à flots, tandis que les pallicares les plus respectés , à cause de leur âge et de leur expérience , interrogeaient l'avenir en consultant l'omoplate de l'animal. Les chants et la danse succédaient au festin. Aux sons du tamboura on entonnait des chants de guerre, I »
composés par des paysans ou par des pâtres, rapsodes incultes mais passionnés de la Grèce asservie. «Ces hymnes , dit Colocotronis , étaient de véritables bulletins militaires. » Quant aux danses , elles ont été décrites par Byron avec un vif sentiment de la réalité , mais avec cet accent d'ironie que Fauteur de Dm, Juan ne pouvait oublier :
« Les feux de la nuit étaient allumés sur le rivage.... Avant que l'heure silencieuse de minuit fût passée , les pallicares commencèrent la danse de leur pays. Chacun déposa son sabre, et, se tenant tous par la main, la troupe se mit en bande en hurlant un chant barbare.
« ChildHarold, se tenant à l'écart, contemple, non sans plaisir, leurs ébats et leur joie rude, mais inoffensive. Et, en effet, il faisait beau voir leur gaîté barbare, mais décente, leurs visages où se reflétait la flamme, leurs gestes pleins de vivacité , leurs yeux noirs et brillants, leurs longs cheveux retombant en boucles jusqu'à la ceinture, tandis qu'ils entonnaient en chœur ces paroles , moitié chantées , moitié hurlées. »
Les faits que je viens de rapporter prouvent