‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 66 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE l · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE l

que les klephtes, précurseurs des soldats de Tindépendance, ont rendu d'incontestables services quand il était essentiel d'inquiéter par tous les moyens les Turcs maîtres du pays. Les moines aussi ont exalté utilement le sentiment religieux contre les disciples du Prophète. Mais dans le royaume de Grèce , où Ton ne trouve plus Tombre d'un Turc, la tâche des klephtes et celle des moines est évidemment accomplie ! A des œuvres nouvelles il faut de nouveaux ouvriers.

Lavieklephtique, après que la révolution eut été terminée, tendit de plus en plus à se confondre avec le brigandage vulgaire. Après une si longue lutte , où le salut commun devait être la loi suprême, il n'était pas facile de faire accepter une existence régulière à tous ceux qui avaient l'habitude d'une vie aventureuse. On a beaucoup parlé des brigands de la Grèce, et ils ont parfois remplacé heureusement dans le roman certains personnages vieillis de Ducray- Duminil, l'auteur de Victor ou V enfant de la forêt. Mais les abus dont on s'est plaint ou qui ont fourni un thème à l'imagination féconde des romanciers étaient la conséquence des circonstances. Après toute grande commotion sociale.

il est difficile de soumettre à la loi les éléments les plus turbulents de la population. Combien de bandits ne profitèrent pas de la révolution française pour s'enrichir effrontément? Ne vit-on pas les provinces de l'ouest désolées par ces « chauffeurs» qui, parés de la cocarde blanche, brûlaient les pieds des gens qu'ils voulaient obliger à livrer leur argent? Il fallut organiser des colonnes mobiles pour débarrasser la France de ce fléau. Dans l'Italie méridionale, après la fondation du royaume d'Italie , les partisans du pape et des Bourbons de Naples ont organisé des bandes de brigands dont les exploits sont présents à toutes les mémoires. En Grèce, les décisions de la diplomatie avaient augmenté la fermentation qui suit les révolutions. Les Épirotes, les Thessaliens, les Macédoniens, qui avaient autant de droit à l'indépendance que les autres Hellènes et qui avaient pris une part plus ou moins active à la lutte nationale, restèrent sous le joug des Musulmans. Le tracé des frontières qui les séparaient de leurs frères présente une multitude de repaires inaccessibles qui favorisent au plus haut degré l'organisation des bandes et qui en rendent la répression très-difficile ; car

Page 1