‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 67 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE l · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE l

rien n'esl plus aisé que de passer d'un territoire sur l'autre et d'échapper ainsi à un châtiment mérité. L'apathie si connue des autorités ptlomanes aggravait encore ces embarras. Dans un exposé remis aux grandes puissances le 28 juillet 1856, le gouvernement hellénique insistait avec raison sur cette difficulté. « Les causes du brigandage , disait-il , tiennent surtout au système défectueux adopté par les Turcs pour la garde de leurs frontières. La police des provinces limitrophes est confiée chez eux à des chefs militaires qui, prenant la poursuite des brigands à forfait, s'approprient l'argent qui leur est fourni pour l'entretien des soldats et pactisent avec les malfaiteurs pour ne pas avoir à les combattre. Ceux-ci, après avoir commis leurs déprédations , rentrent en Turquie , où ils trouvent un asile sûr et où ils sont engagés en qualité de colgis ou gendarmes, en attendant qu'ils trouvent l'occasion de se livrer à de nouvelles excursions. » 11 suffit, du reste, de jeter un coup d'œil sur une statistique criminelle pour s'apercevoir que les gouvernements occidentaux, même les mieux armés, éprouvent, dans certains cas, beaucoup de peine à réprimer le brigandage. Je ne parlerai

pas du gouvernement romain qui n'a jamais pu l'extirper. Mais à Londres et à Paris , les assassinats sont certainement plus fréquents que les actes de brigandage ne l'étaient en 1856 sur les frontières de la Grèce.

Je m'arrêtai près du khani d'Arakhova , pour respirer avec délices l'air pur et vivifiant de ces hauteurs. Ici l'atmosphère n'était pas brûlante comme à Athènes, ou d'une lourdeur accablante comme dans la plaine de Lébadée. Je fis mettre mon tapis à l'abri d'un bouquet de très-beaux saules à feuilles de poirier. Sur une fontaine en pierre s'étendait un magnifique platane aux larges feuilles, digne de figurer dans une idylle de Moschus. Un troupeau de brebis et de chevreaux se désaltéraient à la source. Trois pallicares en foustanelle étaient couchés à l'ombre du platane, causant peut-être du bonheur qu'ils auraient à franchir l'Othrys pour aller délivrer leurs frères de Thessalie. Ils semblaient envier le vol des éperviers qui planaient sur leurs têtes en dessinant des ronds immenses. La Grèce, on s'en aperçoit partout, étouffe dans ses frontières trop étroites. Un politique consommé, le roi Léopold, refusa de $e mettre à la tête de la nation belle-

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