PARTIE I. — LIVRE I
nique, à moins que l'Europe ne consentît à lui donner un territoire qui rendît son développement possible. Quelques écrivains affirment aujourd'hui que l'Europe a eu raison de repousser celte idée, les Hellènes n'étant pas, disent-ils, supérieurs aux Ottomans, comme on l'affirmait en 1821. Cette manière de voir, que certains journaux dévoués à l'Autriche étendent à tous les Orientaux par zèle pour la Turquie alliée des empereurs apostoliques , n'est pas conforme aux faits. On semble oublier que l'Orient chrétien représente un principe religieux et social, infiniment supérieur à l'islamisme, principe dont les défaillances individuelles ne sauraient empêcher les applications. Un peuple tel que les Hellènes, qui admet l'unité du mariage; qui condamne l'esclavage et même le servage ; dont la constitution sbciale repose sur la base solide d'une organisation communale vraiment remarquable ; qui a pour l'étude, pour le commerce et pour la navigation une aptitude qui n'est pas contestée par ses détracteurs les plus ardents, peut-il être mis sur la même ligne que les sectateurs apathiques et bornés d'une religion dont le triomphe est la victoire même de la servitude,
de rincurie, de Tignorance et du plus grossier sensualisme ? L'honnêteté d'un nombre plus ou moins grand de Turcs, — honnêteté que je n'ai aucune raison de contester, — n'exerce aucune influence sur le gouvernement de l'empire. L'équité est sans doute le plus grand litre à l'estime des peuples civilisés. Malheureusement en Turquie tous ceux qui prennent une part sérieuse aux affaires ont contracté des habitudes si contraires à la probité , que les intérêts de leur pays sont ordinairement compromis par leur rapacité effrontée. Les récits de M. le duc d'Almazan sur le siège de Kars, publiés en 1860 dans la Revue des Deux-Mondes y contiennent des révélations qui n'ont pas pu être oubliées en Occident. Tandis qu'à cette époque l'existence même de la Turquie était mise en danger par la honteuse rapacité de ses agents, on a vu, dans la guerre de l'indépendance, des Hellènes, fiers de leurs richesses, les sacrifier avec une abnégation sans exemple à la sainte cause de la patrie. Ces traits de générosité patriotique ne ressemblent guère à la conduite des fonctionnaires ottomans au siège de Kars ! Des comparaisons de ce genre valent toutes les théories. Quels que soient les