PARTIE I. — LIVRE I
à Venise , je n'ai jamais vu une population mieux douée que les Arakhovites. On est ici au foyer même de la race hellénique, puisque c'est sur ces hauteurs que la légende fait arriver l'arche de Deucalion, le Noé hellénique, après un de ces déluges qui bouleversèrent le monde primitif et dont le souvenir s'est conservé dans toutes les traditions. La famille échappée à ces grandes catastrophes ne pouvait choisir un plus admirable séjour. Les pierres du Parnasse étaient dignes de produire un peuple réservé à des destinées exceptionnelles.
Aussi, malgré tant de catastrophes , a-l-il merveilleusement conservé là ses traits essentiels : le front haut, les yeux vifs et largement ouverts, protégés par un sourcil très-arqué , l'espace interoculaire assez grand, présentant à peine une légère inflexion à la rainure du nez, lequel est droit ou légèrement aquilin , la lèvre supérieure courte, le menton saillant et bien arrondi, la physioncmiie expressive , la taille déliée , le genou fin, le pied et la main petits, la jambe sèche, la stature moyenne. D,u reste, même dans les endroits où le type hellénique est plus altéré, il est toujours facile à reconnaître. Un des plus 1 »
doctes ethnographes de l'Europe, M. Alfred Maury, de Tlnstitut de France, ne craint pas de dire que les Latins eux-mêmes, à cause de leur croisement avec les Étrusques , les Gaulois et les Ligures, «se sont conservés beaucoup moins purs » que les Hellènes , et qu'il est a bien plus difficile de reconnaître dans les Romains d'aujoui'd'hui les descendants des maîtres du monde» que «la physionomie du Grec ancien dans le Grec moderne , lequel sous le rapport intellectuel et moral a peu changé*. » Un autre collaborateur de la Revue des Deux-Mondes, M. Cyprien Robert, professeur au Collège de France, qui a étudié l'Europe orientale avec tant de soin, n'hésite pas à nommer « frivoles touristes » ceux qui « vont répétant que la Grèce est morte, que les anciens Hellènes ne peuvent revivre et que le Grec nroderne est un barbare. » Il ajoute que « si l'on se donnait la peine de sonder le fond de la nature grecque on verrait entre la Grèce ancienne et la Grèce actuelle moins de différences que d'analogies. '» Puisqu'il en est ainsi , faut-il s'étonner « de rencontrer m'aintes fois sous de pauvres vêlements les types que l'art antique a
' Alfred Maury, La terre et l'homme.