PARTIE I. — LIVRE I
Apollon a laissé quelques traces de son passage dans ces montagnes où son culte était si solennel ; car dans aucune partie de la Grèce on ne trouve un aussi g^and nombre de chants popu laires. Même après la publication des importants recueils du savant D»* Théodore Kind * , de Fauriel et du comte de Marcellus, etc. , j'emportai une ample moisson d'Ârakhova.
Âssimo me fit avec une grâce parfaite les honneurs de sa maison. Plusieurs filles du village m'ayant apporté chacune un rameau de basilic et des œillets , mon bouquet devint bientôt énorme. Assimo me conduisit dans son jardin où l'on avait étendu avec des coussins quelques-uns de ces beaux et solides tapis d'Arakhova, dont les vives couleurs sont indélébiles. Elle s'assit auprès de moi après m'avoir offert des fleurs et des branches de prunier couvertes de fruits. Devant nous, un vieux pallicare tournait doucement sur un feu fait avec des branches de thym sec le chevreau destiné à notre souper. L'animal avait été préparé avec beaucoup de
* M. Th. Kind est, parmi les érudits de l'Allemagne, Técrivain qui connaît le mieux la littérature et Thistoire de la Grèce moderne.
soin, comme les moutons qu'on nomme « moutons klephtiques. » Lorsque la bête fut saignée, écorchée et vidée , on la frotta à l'intérieur et à l'extérieur de graisse et de sel. Le ventre fut ensuite cousu à l'aide de quatre points de suture formés des quatre pieds. Enfin on mit un bouquet dans la bouche du chevreau , qu'on empala à l'aide d'un long pieu qui fut placé sur deux fourches de bois. Les entrailles, soigneusement nettoyées , épicées et coupées en rouelles, furent enfilées à la baguette de fer dont se servent ces montagnards comme de bâton alpestre et njises de côté pour être rôties à grand feu un quart d'heure avant que la pièce fût cuite.
Tout en regardant les préparatifs de ce festin homérique, j'admirais les manières à la fois affectueuses et réservées de ma voisine, sa beauté éclatante, mais modeste , sans oublier d'examiner les détails de son costume. Ce costume, pareil à celui que portent ordinairement les autres femmes d'Arakhova, se compose d'une chemise trèspropre et assez fine , d'une capote de laine blanche, étroite et brodée en couleur sur les bords et de deux bandes , rouges pour les filles et bleues pour les personnes mariées , qui font le tour du