‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 75 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE I

corps et fixent sur le ventre un tablier de laine. La tête est couverte d'un barége de couleur, noué avec une négligence coquette, d'où tombe sur le dos une tresse énorme mêlée de laine noire et arrêtée à la taille par d'étroits rubans de laine. Le front est entouré de deux bandeaux ondulés , et deux mèches de cheveux formant des boucles négligées , encadrent les joues. Mon hôtesse était charmante ainsi arrangée. Sa peau était blanche , ses sourcils bien arqués , ses lèvres vermeilles et ses dents éblouissantes. Quoiqu'elle eût deux enfants, dont l'un venait souvent se rouler sur ses genoux , sa taille était aussi svelte que celle d'une jeune fille.

Pendant que le chevreau rôtissait, Assimo me raconta l'histoire de son père et de son mari. Sur un rocher nommé Ziménokoulia, où j'avais vu le monument de*Mégas , un combat s'engagea entre les chorophylaques et le fameux Davéli , Roumain de l'Épire , chef intrépide des klephtes de la contrée. Le combat dura trois heures. Mégas, qui commandait les chorophylaques, y succomba , mais les klephtes de Davéli furent exterminés. Pour les venger, d'autres klephles s'emparèrent, en 1858, du gendre de Mégas , qu'ils

emmenèrent dans la montagne. Le dimarque n'obtint sa liberté que lorsque sa femme eut fourni une rançon de 15,000 drachmes.

A cette histoire succédèrent les chants populaires que les jeunes filles et les pallicares répétaient en chœur autour de l'enceinte du jardin. J'en ai retenu un :

Cabane, vieille cabane couverte de roseaux.

Une fille y est assise et enfile des pièces d*or.

Et elle grondait le soleil , et elle lui disait :

Sors , mon soleil , pour que je sorte aussi.

Et toi , si tu brilles , mon soleil ,

Tu fanes la verdure ;

Mais moi, si je brille, mon soleil.

Ce sont les pallicares que je fane,

Je fane les neuf frères, les dix-huit cousins.

Les notables s'étant présentés , la conversation remplaça la musique. Nous parlâmes des ressources du pays. Ils me dirent qu'Arakhova, qui compte 2600 âmes, a une école communale, fréquentée par les garçons et par les filles, qu'on y fabrique d'excellents tapis , qu'on cultive 80,000 oliviers et 3200 strèmes de vignes. Je les félicitai de ces résultats. En effet, la plus grande partie de la Grèce pourrait les envier, quoique d'autres localités possèdent un enseignement plus complet. De l'industrie , sans les inconvénients

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