PARTIE I. — LIVRE I
koretsi ou rintestin. Ce mets, fort épicé, devait ouvrir Tappélit des convives. La nuit étanl complètement venue , nous quittâmes le jardin pour manger le chevreau dans la maison où Ton avait disposé des tapis et des coussins autour d'une table ronde et basse. On apporta le rôti fumant dans un tronc d'arbre scié par le milieu et creusé. Le vieux pallicare, armé d'un énorme coutelas qu'il avait pris à sa ceinture, l'ayant dépecé en s'aidant des doigts avec la dextérité d'un écuyer tranchant, nous en présenta les morceaux. Quand il eut recueilli les os des omoplates , il les plaça avec une profonde attention devant la lampe, afin d'examiner la direction des filets rouges qui les sillonnaient. Il me montra les signes évidents d'une lutte prochaine entre les chrétiens et les Turcs, prenant probablement ses désirs pour une révélation de l'avenir. Les prophètes sont fort exposés à ce genre d'illusions !
Ce fut dans un festin pareil à celui que je viens de raconter que se passa une scène vraiment lugubre de la révolution hellénique. J'ai déjà dît que l'intrépide Ulysse Androutzos avait la fougue et les rancunes d'un Achille. La mésintelligence ayant éclaté, en 1822, entre le bouil-
lant capitaine et le pouvoir exécutif, Ulysse fut appelé à Corinthe pour rendre compte de sa conduite. Irrité de voir sa fidélité mise en doute, il se retira aux environs d'Arakhova avec une centaine de pallicares. Il avait, dit un ppëte satirique de ce temps (Rhamphos) € la mine sauvage d'un klephie, des yeux de renard, la morgue d'un Osmanlis , les tempes rasées , des babouches rouges r> et il se promenait dans les rues < suivi d'une longue file de satellites, i Un pareil homme n'était guère disposé à obéir aux ordres d'un gouvernement où ne siégait aucun pallicare. — MM. A. Mavrocordatos et Négris étaient, le premier, chef du pouvoir exécutif; le second, archi-chancelier de l'État. — Retiré dans ses montagnes, comme le fils de Pelée dans sa tente, il se livra à tout l'emportement de sa colère. Couché tantôt sur une cime déserte, tantôt dans une caverne, il se réveillait, troublé par de sinistres fantômes , il se précipitait sur ses armes , il éclatait en cris et en malédictions. Ses imprécations s'adressaient surtout à Noutsos et à Palascas, choisis pour lui succéder, et qu'on disait chargés de le mener captif à Corinthe. Mais lorsque ces chefs parurent, son emportement