‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 78 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE I

sembla tomber subitement. On eût dit qu'il se rappelait avant tout que Palascas lui avait sauvé la vie dans le khani de Gravia et que Noutsos la lui avait conservée plus d'une fois , à l'époque où cet ofiGcier gouvernail TÉpire , au lemps d'Ali-pacha. Pendant que les trois capitaines, les jambes croisées, profitaient tranquillement de l'hospitalité d'Ulysse , et que celuici buvait «à la Grèce libre, » Noutsos lui parlait avec la farhiliarité bienveillante d'un ancien supérieur. Palascas, moins confiant, voyait avec inquiétude devenir plus nombreux les pallicares d'Ulysse. A la fin du repas , à un signal de leur chef, tous les soldats entrèrent dans la tente : « Camarades , leur dit en se levant brusquement le terrible fils d'Androutzos, j'ai été votre capitaine et votre frère; mon bras vous a défendus dans les combats et ma tête dans les assemblées. On m'a proscrit pour m'être dévoué à vos intérêts ! » Les pallicares ayant répondu par des cris de haine, Ulysse ajouta ironiquement en montrant Noutsos et Palascas : « Maintenant vous avez sous les yeux votre roi et votre général. » — « Toi seul es notre capitaine ! » répliquèrent les soldats. «S'il en est ainsi, ajouta

Ulysse , d'une voix altérée et les cheveux hérissés, ôtez de devant mes yeux ces assassins.» Quelques moments après , une détonation annonçait que les deux chefs avaient cessé de

vivre*

Le sang versé par le fils d'Androutzos cria vengeance contre le ciel. Soit remords, soit prudence , Ulysse , après avoir pris parti pour les ennemis de json pays, s'était livré à Gouras qui avait été son proto-pallicare (lieutenant). Gouras l'envoya à Athènes, où il fut enfermé dans la citadelle. Un malin, on le trouva mort sur les rochers où, disait-on, il s'était tué en voulant s'évader. Mais les Occidentaux qui étaient alors en Grèce, ont cru que, dans la crainte de voir éclater une révolte dans les rangs de ses partisans, les capitaines que commandait Gouras avaient , la nuit , attiré Ulysse sur les remparts , d'où ils l'avaient précipité*. Malheureusement les hommes qui sacrifient leur pays à leurs ressentiments n'existent pas uniquement, comme on l'a dit ou insinué tant de fois , dans l'Europe

* Gouras a raconté lui-même les détails de cette scène au poëte A. Soutzos.

' Voy. Jourdain , Mémoires sur les événements de la Grèce.

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