PARTIE I. — LIVRE II
nir que le meilleur parti à prendre est de fermer les derniers couvents.
Le monastère est situé au milieu d'oliviers se culaires. On entre par une porte assez basse dans une cour bordée, à droite et devant l'église , de deux rangs de petites celli^les , grossièrement construites , dont le toit avancé protège le corridor ouvert qui court le long de ces barraques. A l'entrée de l'église sont appuyés aux colonnes qui supportent le porche des bas-reliefs antiques, dont les sujets font une étrange figure dans un monument chrétien. L'église est couverte en entier de fresques d'un caractère tout différent, mais très-peu artistique. Après l'avoir visitée, je montai dans la galerie sur laquelle s'ouvrent les cellules construites en face. De cette galerie j'avais sous les yeux un amphithéâtre de rochers noirs qui semblaient calcinés
par la foudre. A droite, sur la roche la plus voi-' sine de moi , étaient étagées les maisons du village de Delphes. Le fond de la vallée était rempli d'une forêt d'oliviers dont la puissante végétation faisait contraste avec la stérilité des rochers. Ces oliviers qui deviennent plus abondants à l'entrée du vallon , descendent à travers la plaine I <«
jusqu'au golfe de Crissa. En reportant mes regards vers le monastère, j'étais frappée de son air d'abandon. Il n'y reste maintenant qu'un moine avec un moinillon, enfant de dix ans, habillé en paysan , dont la saleté et le bonnet indiquaient seuls la profession.
Il n'est guère de spectacle plus instructif que de contempler dans leurs vêtements sordides les derniers représentants de ce mysticisme qui, comme toutes les réactions , s'est perdu par les exagérations de son principe. Tous les bons esprits, tous les véritables savants conviennent aujourd'hui que si le paganisme hellénique se préoccupait trop exclusivement de la santé, de la force et de la beauté physiques, les prétendus défenseurs de la rehgion de l'esprit ont travaillé constamment à la décadence des intelligences et des caractères en afiaibUssant systématiquement les instruments dont le concours actif est indispensable à l'âme la plus dégagée des sens. Si les Hellènes ont présenté au monde le spectacle d'une civilisation qui n'a pas encore été égalée, il ne faut pas l'attribuer seulement aux tendances élevées de la race indo-européenne , mais aussi à une hygiène supérieure , oubliée depuis des