PARTIE I. — LIVRE II
OÙ «le fléau des mortels » cède « à la dévorante chaleur du soleil, d
Ces expressions prouvent assez clairement que les rayons du soleil et de la lune étaient pour les Hellènes les traits lancés par Apollon et par Ârlémis. Chez des populations livrées primitivement à la vie pastorale et à la chasse, le penchant à tout personpifier devait donner à ces deux divinités, qui se partageaient le jour et la nuit, des occupations conformes au genre d'existence du peuple. Les feux célestes, que le Rig-Véda compare à des vaches, devinrent le troupeau du soleil qui les surpasse en éclat , et la froide Artémis, qui éclaire par ses rayons d'argent le chasseur placé à l'affût dans les bois, fut trans* formée en l'austère déesse de la chasse. Mais il faut bien distinguer cette Artémis des premiers âges des divinités qui lui furent plus tard associées ou assimilées , telle que l'Artémis asiatique des Éphésiens, qui causa tant de tribulations à saint Paul. Sœur des Dioscures, Caslor et Pollux, les Açwins des Védas, symbole du double crépuscule, Hélène paraît avoir été, comme Artémis, une simple personnification delablanche et sereine déité des nuits. La ballade roumaine :
le Soleil et la Lune (Soarele si Luna)^ donne, en effet, à la sœur d'Apollon, ce nom d'Hélène qui s'éloigne si peu du nom que les Grecs donnent à la planète. Dans la légende roumaine la (l belle Hélène aux cheveux dorés» ressemble médiocrement à la vierge farouche qui châtia si rudement l'indiscret Actéon. Cependant l'histoire d'Endymion , — dans laquelle M. Max Mûller a vu avec raison le soleil couchant, — prouve qu'au fond Arlémis n'était pas insensible à la beauté d'un dieu qui aima tant de nymphes, ordinairement assez malheureuses des suites de leurs amours. Mais comme Daphné, l'Aurore, — chez les Hindous Dabanâ signifie l'aurore , — n'est-elle pas destinée à être poursuivie parle soleil et à mourir dans ses bras ?
L'humanité serait trop heureuse si les idées poétiques ou philosophiques qu'on découvre dans toutes les religions servaient uniquement à élever l'âme des peuples vers les sereines régions de l'idéal. Mais l'ambition et l'avarice les exploitent d'une manière tellement audacieuse, que les intelligences les plus religieuses éprouvent un irrésistible découragement quand il s'agit seulement d'en esquisser l'histoire. Parmi les na-