PARTIE I. — LIVRE II
lions aryennes (indo-européennes), les Hellènes, peuple essentiellement spirituel et moqueur, étaient peut-être la moins disposée à subir le joug de la théocratie. Chez eux point de castes pareilles aux Brahmanes de Tlnde, aux Mages de la Perse, aux Druides de la Gaule. Cependant Fempire de la superstition est si fort, même sur les peuples les mieux doués, que Delphes vit se renouveler, parmi les compatriotes d'Aristophane , les dégoûtantes fourberies et les honteux trafics qui enrichissent, en les déshonorant, ces corporations sacerdotales, capables, pour satisfaire leur cupidité de faire voler les moines et les maisons à travers les airs. Ces Hellènes, qui produisirent des génies tels que les Anaxagore , les Socrate, les Platon et les Aristote, dès qu'ils avaient mis le pied sur le territoire sacré de Delphes , devenaient la proie des plus ridicules terreurs et des plus folles rêveries. Plutarque affirme qu'on faisait à Delphes un perpétuel trafic de prodiges. Los gouvernements, comme les individus, venaient respectueusement demander à la Pythie le secret de l'avenir. J'avouerai que le genre humain a peine à se passer d'oracles, puisqu'en 1861, un journal catho-
liqtie de Turin disait , en exaltant une décision rendue par le pape cantre la fête nationale du 2 juin, «Toracle du Vatican a parlé ! » Toutefois il faut rendre justice à la loi du progrès : un vieillai'd, plus ou moins calme, est un oracle moins étrange qu'une pauvre femme jetée dans d'aflFreuses convulsions par les vapeurs méphitiques qui s'exhalaient d'un antre découvert par des chèvres. Cependant ses paroles , traduites, il est vrai, par les «prophètes» et par les € saints , :» décidaient du sort des villes et des peuples! La politique de la Grèce se trouvait ainsi livrée aux fantaisies ou plutôt aux calculs d'un sacerdoce égoïste et avide, qui profitait de l'affluence innombrable des pèlerins pour faire des gains considérables , soit en vendant les réponses de la Pythie, soit en réclamant une portion des victimes, ou bien en exploitant l'incurable crédulité des multitudes , comme ces prêtres napolitains qui offraient au roi Ferdinand II et à sa cour les cheveux coupés solennellement sur la tête d'un Christ en ivoire*.
On ne doit pas s'étonner de pareilles aberrations quand on sait l'influence que les spectacles
* Voy. Napîes et les Napolitains, par Vernes.