PARTIE I. — LIVRE II
ont sur l'imagination des masses. Or ancnn liera n'était mieux choisi que Delphes, avec ses rochers que frappait la foudre, son sol retentissant, ses cavernes pleines de bruits mystérieux, ses exhalaisons volcaniques , pour agir sur l'esprit de la foule. A peine le pieux voyageur approchaitil de la cité vénérée, que ses yeux étaient ravis d'admiration. Des milliers de monuments votifs, qui réfléchissaient les rayons ardents du soleil et qui paraissaient d'or, lui montraient que les peuples et les rois partageaient ses croyances. Le temple d'Apollon, dont le fronton en marbre de Paros dominait toute la ville , lui apparaissait comme le sanctuaire où une divinité puissante se manifestait par de perpétuels miracles. De tous les côtés il voyait s'avancer des théories (processions), composées de beaux jeunes gens et de vierges magnifiquement vêtues , dont l'enthousiasme religieux rehaussait encore les charmes. Les hymnes qu'ils chantaient traduisaient noblement les plus hautes inspirations de la poésie sacrée. A mesure que le pèlerin continuait sa marche , la grandeur des pompes qui l'entouraient exaltait son âme en agissant sur sa sensibilité. Il contemplait d'un œil ravi, dans la
vaste enceinte du temple , les splendides offrandes prodiguées au dieu de Delphes. La statue en or d'Apollon , qui s'élevait dans le sanctuaire du milieu d'un nuage de parfums, lui semblait exprimer si bien la divine majesté du fils de Latone — l'Apollon du Belvédère en donne une juste idée — qu'un attendrissement involontaire s'emparait de son cœur ; car chez un peuple artiste les arts exercent une séduction puissante. Paul- Émile lui-même, en examinant la statue de Zeus àOlympie, en avait été aussi frappé que s'il avait vu le dieu lui-même. On conçoit qu'un barbare comme le brenn gaulois qui osa attaquer Delphes , pût se moquer de ces pompeuses exhibitions et dire ironiquement que les c immortels qui font leur occupation journalière de répandre les biens sur les hommes n'ont pas besoin qu'on leur amasse des trésors. » Ne voit-on pas , de nos jours, de rudes Anglo-Saxons contempler sans la moindre émotion le « vicaire de Dieu » bénissant « la Ville et l'Univers ? i Mais un fils de la Grèce passionnée pour les arts, mais un méridional accessible à toutes les impressions , mais le frère ou le fils d'un de ces hommes qui avaient persécuté Anaxagore et condamné Socrate à bojre