‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 93 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE II

la ciguë, ne pouvait raisonner comme un sauvage des bords de la Seine ou du Rhône ! Lorsque ce fervent adorateur d'Apollon dont les parfums et Tencens achevaient de surexciter le cerveau, trouvait dans le délire de la Pythie des preuves alors incontestables d'une fureur divine , devaitil douter de la présence d'un Dieu? Lorsque la pauvre prophétesse, dont l'organisation était bouleversée par des moyens analogues à ceux ^ dont on se servait à l'antre de Trophonius, pâlissait, tremblait, poussait des hurlements, déchirait le bandeau sacré qui couvrait ses cheveux hérissés, comment contester le miracle? Baltus, un prêtre instruit du siècle de Voltaire, ne s'indignait-il pas d'entendre Fontenelle attribuer les oracles du paganisme à des causes naturelles? N'avons-nous pas vu, en plein dix-neuvième siècle, des philosophes allemands ou français recueillir au pied du lit des nonnes hystériques * les paroles incohérentes qui s'échappaient de leurs lèvres , et d'innombrables éditions * de ces

* Voy. Laycock, A Treatise on ihe nervous descases ofwomen, »Voy. Brentano, La douloureuse passion de N. S. Jésus--

Christ; — Les stigmatisées du Tyroly traduit de l'italien par

un professeur de faculté, Paris, 1843.

rêveries inonder la patrie de Kant et de Voltaire?

L'assemblée des Amphyetions ^ qui se tenait à Delphes, capitale de la ligue hellénique et un des deux grands centres du culte d'Apollon, était obligée de servir d'instrument aux prêtres contre ceux qu'ils nommaient «sacrilèges. » Cette assemblée aurait pu rendre à la Grèce des services moins contestables en transformant en solide confédération la rivalité des villes grecques. Malheureusement le lien fédéral n'était pas assez fort pour contenir des états aussi difficiles à diriger que Sparte et Athènes. Cependant les relations qui s'établirent de cette façon entre les cités , et le caractère panhellénique des fêtes de Delphes et d'Olympie contribuèrent puissamment à développer chez les Hellènes un sentiment de fraternité que le christianisme devait étendre au genre humain tout entier.

La religion nouvelle, née en pays essentiellement sémitique, n'a pu triompher en Grèce qu'en faisant à la tradition nationale des concessions considérables. Le culte du soleil a, par exemple, laissé desL traces profondes dans l'imagination des Hellènes. Saint Élie qui se promène

Page 1