‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 96 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE II

lions et les cités accusées d'avoir usurpé ses biens , n'a laissé sur le Parnasse que des traces peu dignes de l'immense pouvoir qu'il exerçait. La ville opulente, qui était le centre de sa domination, n'est plus qu'un village perché sur un roc, qui n'a pas mille habitants. Les Delphiens, n'ayant plus, comme leurs pères, les révélalions et les prodiges, cherchent dans le travail des ressources moins faciles, mais infiniment plus honorables. Les lentilles qu'ils cultivent sont justement renommées. Les jolies chèvres que j'admirais dans leurs montagnes ne découvrent plus d'oracles , mais elles leur donnent d'excellent fromage. Or le fromage qu'on fait en Grèce mérite l'estime que lui accordent les étrangers, qui en achetaient en 1859 pour une valeur de 553^400 dr.*. A Delphes, sans négliger la vigne, qui produit 15,000 oques de vin, on s'attache surtout à la culture de l'oUvier, dont on tire 30,000 oques d'huile et 20,000 oques d'olives noires de très-bonne qualité.

L'oHvier était pour la Grèce antique un objet de prédilection. Les lois athéniennes avaient pris des mesures efficaces pour la conservation de

* Tableau général du commerce de la Grèce en i339.

cet arbre précieux. Il n'était permis à personne d'en arracher sur sa terre plus de deux par an, à moins qu'il ne fût question de satisfaire à un usage autorisé par la religion. Le citoyen qui violait cette loi était obligé de payer 100 dr. au dénonciateur, et 100 autres au trésor public. Les délits relatifs aux diverses espèces d'oliviers étaient portés devant l'Aréopage , et ce tribunal fameux ne dédaignait pas d'envoyer des inspecteurs chargés de veiller à leur conservation. On voit que le soin des arbres n'a pas, comme on l'a dit tant de fois , été popularisé en Europe par les Germains. Les soldats d'Alaric coupèrent certainement en Grèce plus d'oliviers qu'ils n'en plantèrent. Les invasions qui suivirent achevèrent le mal. «Les richesses agricoles qui ont été détruites dans la partie de la Messénie où nous nous trouvions , dit le colonel Bory de Saint-Vincent, sont incalculables; l'âme attristée, en voyant les charbons qui témoignaient d'un tel acte d'incroyable barbarie , nous ne pouvions comprendre dans quel but il put être ordonné.» Depuis cette époque, dont les désastres n'ont pu encore être réparés, puisque pendant sept ans les terres et les plantations avaient été

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