‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 100 sur 339 · PARTIE III. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE III. — LIVRE II

qu'on soumit à la loi les grandes familles féodales de la Maïna, les turbulents primats duPéloponèse et les chefs belliqueux du pays des Roméi, de soulever la question constitutionnelle ? Le doute paraît d'autant plus permis , que plus tard, en 1841, M. Mavrocordatos disait luimême, à Londres 9 dans un banquet, que la Grèce n'était pas encore mûre pour le bienfait d'une constitution. Il est vrai que le parti dont il était le chef ne partageait pas cette manière de voir.

L'idée constitutionnelle n'avait pas la même importance aux yeux de Jean Coletti , qui allait bientôt devenir chef du parti français. Coletti n'ignorait pas qu'en France toutes les opinions — une fois arrivées au pouvoir — s'arrangent assez bien de la dictature , conséquence nécessaire de la centralisation absolue, commencée par l'ancien régime , continuée par la Convention et complétée par l'Empire, centralisation qui rend difficile même la plus élémentaire des libertés, la liberté municipale. Aussi, fidèle à son modèle , était-il disposé à n'avoir pour la liberté qu'une passion assez platonique. Mais , comme la France , il mettait en première ligne Fagran-

dissement du territoire et la gloire militaire de la nation. Ce programme , qu'on croit, en Occident, avoir été inventé par le parti russe, n'a pas eu de plus ardent défenseur que Colelti.

Coletti était né sur la terre albanaise , sol fécond en héros, à Sarako, près de Janina, quelques années avant la Révolution française. Sa famille, qui appartenait à la classe des primats, était Roumaine d'origine. Entraîné, comme tous les hommes de sa race , vers les contrées dont les Latins avaient fait le théâtre d'une civilisation brillante , il avait quitté son pays natal pour aller étudier dans les Universités d'Italie. A peine était-il arrivé au berceau de ses pères , qu'il se présenta, à Milan, à ce Napoléon que Rhigas, avant de mourir, avait désigné à ses amis comme le vengeur futur des Hellènes. L'accueil bienveillant que lui et ses compagnons reçurent le remplit d'espérances. Lorsqu'il eut le diplôme de docteur en médecine, il retourna en Albanie et s'arrêta à Corfou , alors occupée par les Français. Il s'entretenait sans doute avec eux du désir qu'il conservait de les voir intervenir dans les affaires de l'Orient. Après la chute de l'empire, il fut un des premiers Rouméliotes à lever , en

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