PARTIE III. — LIVRE II
1821 , l'étendard de Tindépendance. Maître un moment deSarako, il brûla les murs qui rayaient vu naître plutôt que de les livrer aux Musulmans , passa à travers les Turcs stupéfaits de son audace et conduisit les insurgés du Pinde dans les forêts de TÉtolie. La nature avait créé Coletti pour être un chef de pallicares. M. Mavrocordatos y dont les habitudes ont toujours été fort studieuses , portait des lunettes et avait l'air d'un gentleman anglais. Hypsilantis n'avait du militaire que la bravoure , sans avoir l'attitude résolue qui impose aux multitudes, surtout en Orient. Tel n'était point le descendant des fils de la vieille louve romaine : « Nous l'avons tous vu au milieu de nous , dit un docte helléniste de l'Institut de France , attirant sur lui les regards par sa démarche pleine de dignité et de noblesse, par la richesse de son costume national , par sa physionomie calme et guerrière tout à la fois , par ce mélange de simplicité et de finesse qui l'a fait si souvent comparer à Ulysse et à Palamède. Les Français, nation belliqueuse, ont surtout admiré en lui le chef des pallicares*. » Ce portrait ne dissimule pas un trait essentiel du ca-
* Dictionnaire de la conversation ^ article Coletti.
ractère de Goletti. Pas plus qu'Ulysse, il ne montra jamais un goût bien vif pour la sincérité. Quand on le lui reprochait, il répondait sans hésitation que dans les pays de FOccident où Ton attache le plus de prix à la franchise , en Angleterre et en France , les hommes d'État se croient rarement liés par leurs déclarations. Cette réponse est loin d'être satisfaisante; icar elle suppose la fameuse distinction entre la grande et la petite morale. Le Bas est encore exact quand il signale dans le chef du parti français le € mélange de la finesse et de la simplicité». Personne n'était plus exempt que Coletti de l'emphase si souvent reprochée aux méridionaux. Non-seulement il ne cherchait point à se vanter ; non-seulement il acceptait des positions que tout autre eût dédaignées à sa place , mais il n'essayait de déprécier personne. Il élait trop sobre de paroles — sobriété digne de tout véritable homme politique — pour se répandre en vaines dissertations sur ses mérites et sur les défauts de ses adversaires. Il favorisait chez les autres les épanchements qu'il sMnterdisait soigneusement, comprenant très-bien la nécessité de ne pas contenir une loquacité dont il tirait