PARTIE III. — LIVRE II
parti avec une dextérité singulière. Il possédait le grand art d'écouter avec patience , même les discours désobligeants, et ses yeux de lynx, qui semblaient lire dans les cœurs, montraient assez l'attention qu'il accordait à toutes les manifestations du caractère. Un tel homme devait , tôt ou tard, l'emporter d'autant plus aisément sur ses adversaires, qu'il comprenait, malgré sa froideur apparente, les plus généreuses aspirations du peuple hellénique. <I1 nous est doux, dit un écrivain peu disposé à l'idéaliser, il nous est doux de nous le représenter lorsque, monté à la tribune*, avec son air grave, sa paupière abaissée, on le vit, lui profondément taciturne et point orateur , prendre la parole en faveur de nos frères de Turquie , s'animer à chaque mot et s'élever jusqu'à l'éloquence; on voyait le feu de son âme monter à sa figure; et peut-être pour la première fois de sa vie , ses traits impassibles trahissaient ce qui se passait au fond de son cœur * ! »
Avec de pareils sentiments , il était impossible qu'il n'eût pas été frappé de ce qui s'était passé
* Dans la fameuse discussion sur les hétérochthones.
* Des partis en Grèce , II.
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en France depuis sa naissance. L'exemple d'une nation qui, franchissant ses anciennes limites, avait d'abord reconstitué, et même agrandi, l'ancien territoire des Gaules, peu de temps après avoir subi dans la guerre de Sept Ans des humiliations de toute espèce, dut le frapper fortement. Il s'imagina que , si l'on pouvait délivrer une partie de la Grèce des Turcs , une propagande constante et décidée ne tarderait pas à émanciper successivement toutes les provinces helléniques. Aussi devint-il un des membres les plus actifs de l'hétairie, à laquelle il rendit de très-grands services. Mais , lorsque fut posée la question des alliances , il ne partagea pas plus les vues de Capodistrias que celles de M. Mavrocordatos. A ses yeux, on devait craindre l'influence de la Russie pour plus d'un motif. Entraînée par l'empereur Nicolas dans la voie funeste d'une orthodoxie étroite , elle devait favoriser exclusivement les vues d'un parti qui, sous prétexte d'attachement à la religion et à la civilisation orientale, rendrait tout progrès impossible et n'aurait d'autre idéal que les théories sacerdotales. En outre , la Russie ^ qui prétendait succéder aux empereurs d'Orient , comme Napo-