PARTIE III. — LIVRE II
léon avait essayé de succéder aux Césars d'Occident, ne pouvait être sincèrement favorable à rémancipation des Hellènes. A ses yeux , ils n'étaient, comme les Slaves du Sud, qu'un instrument de dissolution de l'empire ottoman , qu'on briserait lorsqu'il aurait achevé sa tâche. L'Angleterre n'était pas plus loyale. N'avait-elle pas vendu les Parganiotes à Ali-pacha? Les Lords haut-commissaires des iles Ioniennes n'avaientils pas paralysé brutalement , tant qu'ils l'avaient pu, le développement de l'insurrection? La Grande-Bretagne n'avait-elle pas , dans toutes les occasions, protesté qu'elle voulait maintenir t l'intégrité de l'empire ottoman, i> intégrité qui condamnait les chrétiens de la Turquie d'Europe, c'est-à-dire l'immeuse majorité de la population, à un esclavage éternel? La France seule était, par caractère et par position, essentiellement bienveillante pour la Grèce. Après avoir fait les croisades — gesta Dei per Francos — elle ne pouvait, sans abdiquer ses plus glorieuses traditions, rajeunies sous les murs d'Alger, souhaiter la conservation de l'islamisme. Voulant elle-même reconquérir ses frontières naturelles, elle devait voir avec satisfaction les Hellènes ani-
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mes du même désir. Gomment hésiter entre la fourberie slave, la duplicité de la moderne Carthage et la loyauté de cla grande nation? »
Tels étaient en substance les raisonnements de Coletti. Il résultait de ces théories que ceux qui représentaient les tendances occidentales étaient profondément divisés , tandis que le parti russe ne donnait pas le spectacle de pareils dissentiments. Dans les partis dont la religion est rame règne toujours plus d'accord. Le parti oriental — si Ton veut lui donner son véritable nom — trouvait dans la hiérarchie ecclésiastique une certaine force de cohésion, sans qu'il sacrifiât à l'amour de l'ordre les théories démocratiques de la majorité de ses membres. En effet, les partis reUgieux sont beaucoup moins hostiles à la démocratie qu'au gouvernement des classes moyennes , généralement peu orthodoxes. Ainsi, en Grèce, le parti dont Théodore Golocotronis était le bras ne redoutait pas, en principe, l'intervention du peuple dans les affaires ^
* n est vrai qu'on a dit, qu'en agissant ainsi, il voulait rendre par le triomphe de l'anarchie le règne de la Russie nécessaire. Mais cette hypothèse ne repose sur aucun fait constaté. Que de telles idées aient pu naître dans quelques têtes, rien de moins extraordinaire , mais quiconque connaît l'amour-propre des Bellènes, ne les attribuera jamais à un parti.