‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 104 sur 339 · PARTIE m. — LIVRE II. 20o · texte numérisé non relu

PARTIE m. — LIVRE II. 20o

II le prouva en votant dans rassemblée d'Argos, après la mort de Capodistrias , une constitution complètement démocratique. Il subissait donc l'ascendant du Président sans adopter son système gouvernemental. Coletti, au contraire, tout en blâmant la hauteur et l'imprudence de Capodistrias, n'était point un libéral bien fougueux et il ne se montra jamais hostile à la concentration de l'autorité, qui lui semblait, dans certaines limites, justifiée par les circonstances. Aussi n'était-il point d'avis de faire au président une opposition trop vive et voulait-il se borner à une résistance légale. Il se séparait complètement dans cette question de MM. Mavrocordatos , Mavromikhalis , Miaoulis et Tricoupis , décidés à renverser Capodistrias.

Les conseils de Coletti avaient peu de chance d'être acceptés , surtout à une époque où tous les peuples tendaient à s'insurger, au nord comme au sud, à l'est comme à l'ouest. En effet, lorsque la révolution éclate à Paris, devenu, depuis que la théocratie a consommé la décadence de Rome , la métropole de la race latine , l'Europe entière s'ébranle. La révolution belge, l'insurrection de la Pologne , le soulèvement des II *2

États pontificaux ne tardèrent pas à répondre aux journées de juillet. Le pouvoir du Président était trop nouveau pour braver un mouvement qui ébranlait les plus vieux trônes de l'Europe, celui des Bourbons comme celui des papes. La prudence conseillait évidemment des concessions. En continuant d'agir avec hauteur, de préférer des parents ou des amis de Corfou, qui n'avaient jamais vu le feu , comme le comte Augustin Gapodistrias , aux héros de la guerre de l'indépendance, et d'obscurs agents aux hommes d'État qui avaient consacré leur existence à la patrie , le Président mettait la patience de ses adversaires â une épreuve d'autant plus rude qu'ils étaient loin de regarder comme un modèle de dévouement patriotique l'habile diplomate qui, au jour du danger, s'était tenu prudemment éloigné des champs de bataille^ tandis qu'ils soutenaient une lutte inégale et magnanime contre la plus redoutable des puissances musulmanes. D'ailleurs, le peuple grec est animé d'une légitime fierté. Il voyait toutes les nations revendiquer le droit de prendre part à leurs affaires , il devait donc se demander pourquoi on lui refusait, à lui qui avait une organi-

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