PARTIE m. — LIVRE II. 2H
traindre Miaoulis à lâcher sa proie, l'amiral russe, s'imagina qu'il aurait facilement raison du vainqueur des sultans. Mais Miaoulis, qui cachait sous un air de bonhomie une fermeté indomptable, n'avait peur de personne. Dans un premier combat, il repoussa les Russes, et dans une seconde affaire, voyant sa faible troupe à la veille d'être accablée par des forces très-supérieures, il fit sauter et les fortifications de Poros et les vingt-huit bâtiments qu'il avait saisis , se jeta sur quelques barques avec l'équipage de sa corvette et parvint à se mettre en sûreté sans laisser derrière lui un seul prisonnier.
L'appui que l'amiral Ricord continua d'accorder au Président, tandis que les troupes françaises gardaient une sage neutralité , était plus fait pour irriter la nation qui perdait avec sa flotte plus de cinquante millions de francs que pour fortifier la position de Capodistrias. En se servant des armes russes pour comprimer ses adversaires, le chef d'un État républicain donnait imprudemment du crédit à ceux des journaux anglais qui l'accusaient de vouloir transformer la Grèce en hospodarat et d'être disposé à reconnaître la suzeraineté de la Russie. En
outre, la défense acharnée de Miaoulis n'était point propre à abattre l'énergie de l'opposition. Les marins d'Hydra étaient fiers d'avoir tenu tête aux navires d'une des plus grandes puissances de l'Europe et de n'avair laissé dans les mains de l'amiral russe ni un homme ni une chaloupe. M. Ricord, quoique obligé par ses instructions de défendre le Président, voyait mieux que Capodistrias la nécessité d'user avec une certaine modération d'une victoire si chèrement disputée. Il intercéda vivement, ainsi que le chargé d'affaires baron Ruckmann , en faveur de Pierre Mavromikhalis , en insistant sur la nécessité de rendre à la liberté le dernier chef
électif des Maïnotes , que Bory de Saint-Vincent entendit encore appeler du nom de vassilevs (roi), afin de n'avoir pas à lutter en même temps contre les insulaires et contre les turbulents descendants des Lacédémoniens. L'entêtement que Capodistrias opposa à ces excellents conseils devait causer sa perte.
Le 8 octobre 1831, le vieux Mavromikhalis, qui de temps en temps allait, bien accompagné, visiter l'amiral Ricord sur sa frégate, rentrait avec chagrin à la forteresse. Il pria ses